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Moderniser l’éducation : Que peut-on apprendre du management ?

Le système éducatif revient au centre des débats dans notre pays. C’est un signe encourageant que l’on commence à prendre conscience des problèmes et des défis liés à l’éducation, qui est la colonne vertébrale de la compétitivité et de la sécurité nationale de tout pays. Je ne crois pas qu’on ait mesuré à sa juste valeur la primauté du secteur éducatif, sinon nous aurions mis au point les mesures qu’il faut pour assurer son épanouissement. Aujourd’hui, le système a été tellement perverti que les attentes des livrables — qualité de l’éducation, qualifications des enseignants, synchronisation avec l’évolution de la société — ont été reléguées au second rang.

D’autres enjeux, d’autres préoccupations ont pris le relais. Le secteur est devenu un lieu de rivalités féroces entre des multitudes de forces se revendiquant toutes de l’intérêt général. En fait, la plupart ont des soubassements politiques, des rentes, des défenses de territoire et peu d’acteurs activent réellement en vue d’améliorer les performances qui constituent l’essence d’un secteur éducatif.

L’enjeu devient la clarification des rôles et la mise en place d’outils qui permettent de sortir progressivement de ce dangereux engrenage. Une thérapie de choc, dans ce contexte, ne serait pas inutile. Le gradualisme est plus payant. Nous allons proposer quelques pistes d’action et des éclairages tirés des expériences internationales et des modes de management de ce secteur qui ont fait leurs preuves ailleurs. Cela ne signifie guère qu’on peut les importer tels quels. Même lorsqu’il s’agit de comparer (benchmarking), il y a toute une méthodologie complexe à considérer.

Ces outils qui manquent

La restructuration du secteur éducatif ne peut se faire sans un projet de société clair et une vision stratégique. Cela ne veut pas dire que des améliorations ne seraient pas possibles. Cependant, si on vise l’excellence, on ne peut qu’insérer le schéma de développement sectoriel dans un contexte général. Par ailleurs, nous assistons à un dialogue de sourds lorsqu’il s’agit de diagnostiquer les forces et les faiblesses du secteur éducatif en vue de l’améliorer. Ses chantres considèrent qu’il remplit convenablement sa mission ; leurs points de vue seraient confortés par les résultats des différents examens nationaux et la réussite de quelques éléments à l’étranger.

Les critiques rétorquent que le taux de réussite peut être «téléguidé» par les responsables du secteur et ceux qui réussissent ailleurs constituent des exceptions. Ils bénéficient de cours de soutien et de mise à niveau en dehors de notre système officiel. Mais les spécialistes en management éducatif trouvent dans cet échange un dialogue de sourds. Gérer, c’est mesurer. Comment évaluer quelque chose que l’on ne mesure pas ? Nous avons grandement besoin d’un outil qui teste scientifiquement les niveaux par matière, par région et même par école ou lycée. Il serait judicieux que cet outil de testing nous permette de faire des comparaisons internationales (notamment lui permettre de nous comparer aux tests PISA de l’OCDE). Nous sommes en train de nous quereller sur quelque chose que personne ne mesure. La situation est insensée. Au lieu de s’atteler à mettre en place un outil neutre et performant pour nous situer, chacun propose ses subjectivités comme valeur absolue. Nous avons suffisamment d’expériences internationales et de savoir sur le management de l’éducation pour mener une réforme des plus efficaces.

Les mesures essentielles

En matière d’éducation, il faut se fixer des objectifs ambitieux. En premier lieu, au niveau des ressources. L’Etat consacre à peu près 6% de son PIB au secteur éducatif, ce qui est la moyenne de la zone MENA. Les pays développés arrivent à 8% en intégrant le système privé. Nous devons utiliser les 2% qui manquent pour réaliser un saut qualitatif. En plus du centre de testing, l’acteur majeur de l’amélioration demeure la gouvernance du secteur. Tout est question de management. Comment seront gérés le ministère, les directions de wilaya, les lycées, les écoles ? L’interface avec le reste des institutions induira des performances satisfaisantes ou dérisoires su système. Nous ne pouvons pas détailler l’ensemble des processus à mettre en œuvre. Il s’agit de passer d’un système wébérien à l’application des principes de ce qu’il est convenu d’appeler «the new public administration».

En second lieu, le pivot de la réforme sera la formation des formateurs. Les pays dotés de systèmes éducatifs performants consacrent beaucoup de ressources pour sélectionner les meilleurs, les former adéquatement (entre bac+3 à bac+6), les recycler périodiquement, les doter de compétences de métier (pédagogie, communication), les valoriser socialement et les responsabiliser (mesure des résultats). Bien évidement, nos meilleurs spécialistes en ingénierie pédagogique doivent moderniser les programmes, les alléger et faire large usage des TIC pour doter nos élèves de maîtrise des sciences modernes.

De l’avis des spécialistes, nous devons renoncer aux pratiques actuelles de bourrage pour un enseignement plus qualitatif ; éviter de faire de nos élèves des perroquets (apprentissage de longs textes par cœur) pour passer à un système qui privilégie la méthode, la réflexion, le désir d’apprendre et un traitement spécial pour les élèves en difficulté scolaire afin de minimiser les déperditions scolaires. Il nous faut gérer tout ce système avec des indicateurs (objectifs) qui permettent de faire des comparaisons internationales. Nous avons de grands spécialistes en ingénierie pédagogique en Algérie et au sein de la communauté des expatriés. Nous avons besoin d’un plan spécial pour passer de l’étape actuelle à une meilleure situation.

Les départements de l’éducation – qui intègrent le gros des effectifs universitaires dans la plupart des pays – doivent former les futurs bataillons d’enseignants, qualifier et recycler les présents. Certes, l’université a également besoin d’un sérieux plan Marshall de mise à niveau. Les deux secteurs peuvent se réformer parallèlement. De nombreuses considérations ont été occultées : la relation avec les syndicats, le système de rémunération, la coordination avec les secteurs utilisateurs, etc. On ne peut qu’ébaucher les grandes lignes de réformes lorsque le thème est complexe ; celui de l’éducation est extrêmement ardu.

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