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Le jeu a-t-il sa place à l’école, comme outil pédagogique ?

C’était la question posée lors d’un débat organisé à Parentville (Charleroi)[1] à l’initiative de LiaisonULB Wallonie. Une question que nous ne sommes pas les seuls à nous poseret qui préoccupe également nos amis français et québécois. Pour preuve l’importantdossier qui y est consacré par l’édition de décembre 2006 de la revue française des Cahiers pédagogiques (n°448), qui associe à son débat une palette de pédagogues, parmi lesquels Gilles Brougère, professeur à l’Université de Paris 13, qui faitautorité dans ce domaine[2].

Notre propos est moins ambitieux. À partir des réflexions de Parentville, nous vous proposonsde découvrir une série d’initiatives pédagogiques nées sur le terreau fertile de nosécoles maternelles et primaires ainsi que de nos écoles d’enseignement spécialisé.

Initiatives qui prennent la forme de jeux didactiques (ou jeux éducatifs) conçus par desenseignants souvent avec leurs élèves. Cette implication directe des enfants dans laconception des jeux n’est d’ailleurs pas l’aspect le moins intéressant de l’expérience.

Lorsque nous parlons de «jeux didactiques», c’est par opposition aux «jeux de société»(nos collègues français parlent de «jeux de tradition»), dont ils se sont très souvent inspirés.

Comme le montre bien Sylvie Van Lint, chercheuse au Service des Sciences de l’Éducationde l’Université Libre de Bruxelles et collaboratrice scientifique au colloque deParentville, le jeu didactique, ce n’est plus tout à fait du jeu. Le jeu tout court se passed’ailleurs de l’adjectif «éducatif» puisqu’il porte en soi les vertus éducatives.

Gilles Brougère tente de définir le jeu à partir de cinq caractéristiques ou critères qui l’identifientde son concurrent pédagogique : le second degré (ce n’est pas la vie réelle), la présence d’une décision dans le chef du joueur, la règle, la frivolité ou absence de conséquencede l’activité et, enfin, l’incertitude quant à son point d’arrivée.

Les cinq caractéristiques énoncées ne correspondent pas totalement à celles du jeu didactique que nous évoquons. Ainsi, lorsque Brougère parle du «jeu», il entend l’action libre del’enfant, dans laquelle celui-ci définit lui-même une règle. Dans notre approche, il s’agit de jeu de règles (jeux de société divers, dont les jeux traditionnels ou jeux de plateau). Le jeu de règles est, pour l’enfant, un bon moyen de prendre conscience des conséquences de sesactes.

Il y a aussi une différence d’intention par rapport aux résultantes de l’activité. Dans le jeu telque l’entend Brougère, l’apprentissage découle conséquemment de l’activité, mais dans desdomaines qui varient et qui dépendent de caractéristiques propres au joueur : le débouché est imprévisible. Tout au contraire, intégré comme outil dans une démarche pédagogique, le jeu s’inscrit dans un désir d’en maîtriser les conséquences. Faut-il le disqualifier pour autant ?

Nullement, mais il faut garder clairement à l’esprit que l’enfant ne se limite plus simplement à jouer. Plusieurs des expériences de terrain relatées dans ce dossier se rattachent à ce couranten ciblant, par exemple, l’éducation à la protection de l’environnement. D’ailleurs cesexpériences se prolongent ou s’intègrent souvent dans un projet plus large que le jeu lui-même, où le jeu sert souvent de déclencheur. Ainsi en est-il lorsque l’on amène les élèves àidentifier dans la nature les espèces ornithologiques de la région, à effectuer des recherchesdocumentaires, ou encore lorsque l’on en vient à confier le service de prêt d’une ludothèqueà des enfants de l’enseignement spécialisé, dont on découvre à cette occasion les formidablespotentialités.

La pratique du jeu, tant dans l’enseignement spécialisé qu’ordinaire permet de répondre auxobjectifs prioritaires de leur projet éducatif respectif. Elle permet en effet d’amener les élèvesvers une plus grande autonomie, une plus grande confiance en soi, une meilleure socialisation,un développement des capacités communicatives, sans négliger de les pousser à développerdes savoirs, des savoir-faire et des compétences disciplinaires, en s’appuyant sur unemotivation plus spontanée.

Celles et ceux que la démarche intéresse y trouveront sûrement de grandes satisfactions,mais à une condition incontournable : celle d’établir toujours avec les élèves un «contratpédagogique» clair et sincère.

Alexis DEWEYS

Nouvelles de l’Observatoire

Administration générale de l'Enseignement et de la Recherche scientifique

Service général des Affaires pédagogiques et du Pilotage du réseau

d’enseignement organisé par la Communauté française/ DOSSIER SPÉCIAL

[2] Gilles Brougère a consacré à la problématique du jeu les deux ouvrages suivants :

Jeu et éducation, Paris, L’Harmattan, 1995

Jouer/Apprendre, Paris, Economica, 2005

Tag(s) : #Sciences de de l'éducation

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