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Claude Piron : L’anglais est une langue mal adaptée à la communication internationale, d’un point de vue neuropsychologique.

Dans une série d’émissions publiées sur youtube et intitulées « Les langues – Un Défi », le psychologue suisse Claude Piron a fustigé l’usage de l’anglais comme langue internationale au détriment des autres langues dont certaines disparaissent au jour le jour. Pourtant, soutient-il, « l’anglais est une langue à ne pas choisir pour la communication internationale ».

C’est tout particulièrement dans la vidéo intitulée « Les Langues – Un Défi : 8- Le fonctionnement du cerveau » -où il aborde les questions neuropsychologiques du langage- qu’il donne le plus d’arguments scientifiques sur les effets néfastes de l’utilisation de l’anglais comme langue internationale démentant ainsi les idées reçues sur la facilité de l’apprentissage de l’anglais. « L’anglais n’est facile à apprendre qu’au début », clame-t-il.

D’emblée Claude Piron, avance que « dans le langage il y a deux sortes de réflexes : les réflexes premiers et les réflexes seconds. Les réflexes seconds ont pour seule fonction d’inhiber les réflexes premiers. Le langage, dit-il, est régi par une tendance très puissante à repérer des signes linguistiques et à les généraliser à la totalité de la langue. Par exemple, en français pour former le comparatif on utilise le mot « plus ». L’enfant repère ce signe linguistique, comprend sa signification et le généralise. Il dit « plus bon ». Alors il y a deux choses : ou bien le milieu intervient et lui dit : « on ne dit pas plus bon, on dit meilleur » et à force de le répéter, l’enfant enregistre la forme correcte ; ou alors l’enfant se rend compte par lui-même que les gens disent « meilleur » et non « plus bon ». Et comme il n’a pas envie d’être bizarre ou saugrenu il les imite. Le réflexe premier est de dire « plus bon » et le réflexe second est d’inhiber cette forme (le réflexe second agit un peu comme un programme de correction dans un traitement de texte ou alors comme un sens interdit avec déviation vers la forme correcte)…. C’est ce même principe que J. Piaget appelle « Assimilation généralisatrice » ».

Pour Piron, « cette tendance à l’assimilation généralisatrice est importante dans le domaine qui nous occupe parce que l’anglais se trouve être une langue constamment contrariée. C’est une des raisons pour lesquelles je vous ai dit que l’anglais est une langue mal adaptée à la communication internationale. L’autre raison, c’est son flou, je vous ai donné plusieurs exemples dans les émissions précédentes. Revenons-en à cette tendance à généraliser des éléments repérés comme significatifs. En français, il n’y a aucune difficulté à passer par exemple de « incapable » à « incapacité », et c’est la même chose dans la majorité des langues. En anglais, c’est tantôt « un », tantôt « in » : unsuitable, invisible, etc. Ce qui est plus grave, c’est que pour la même notion le préfixe change. Par exemple, incapable= unable, incapacité = inability. Des exemples comme celui-là sont nombreux. Ces obstacles qui se mettent sur le chemin du mouvement naturel du cerveau cherchant à s’exprimer a pour effet de ralentir l’acquisition de la langue et de réduire les chances qu’on a de s’exprimer avec aisance quand on parle anglais ».

Le chercheur suisse ajoute que « l’anglais utilise beaucoup moins la dérivation. En français, dans « lunaire », il y a « lune » ; dans « désarmement », il y a « arme », dans « dentiste », il y a « dent », dans « annuel », il y a « année », etc. Et c’est la même chose dans la majorité des langues. En anglais, il n’y a aucun rapport entre :

Dentist et touth/teeth (dent/dents)

Luna (lunaire)/moon (lune)

Desarmament/ weapen (arme)

Annual/year (année)

Cela n’a l’air de rien mais ça complique énormément l’apprentissage de la langue parce que ça surcharge la mémoire ».

En plus, l’anglais n’assimile pas mais juxtapose, déclare Claude Piron. Exemples : Fraternal/brotherly, Liberty/freedom, etc. Pour beaucoup d’apprenants, ça fait toujours deux mots à retenir alors dans leurs langues, il n’y en a qu’un. On retrouve le même problême en orthographe. Par exemple: « ough » a 7 prononciations : though, tough, through, bought, cough, thorough, plough.

Résumé par Karim Kherbouche

La totalité de la communication dans la vidéo ci-dessous (Retrouver les 9 autres vidéos traitant du même sujet sur youtube).

Tag(s) : #Francophonie

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