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Entretien avec Gilles Brougères | Se construire, découvrir l’autre et développer une réflexivité

Gilles Brougères est Professeur en sciences de l’éducation, responsable du DESS en sciences du jeux à l’université de Paris 13. Gilles Brougères définit le jeu et sa place à l’école. Est-il un vecteur d’apprentissage ? Lequel et à quelles conditions

Vous avez travaillé sur la relation entre jouer et apprendre en constituant notamment un outil d’analyse pour caractériser les situations de jeu. Qu’en est-il ?

  • Cinq critères peuvent caractériser l’activité de jeu, ce qui ne signifie pas que sans un des critères, on ne puisse pas parler de jeu : le deuxième degré ou faire semblant qui suppose une mise à distance de l’activité, la présence de décisions qui permettent au joueur de prendre des initiatives et faire des choix, la règle, instaurée au préalable, négociée au cours du jeu ou construite au fur et à mesure de l’activité, l’incertitude quant au résultat. Enfin, c’est aussi une activité frivole avec une minimisation des conséquences, protégée du risque, ce qui permet à l’enfant de s’engager fortement.

Qu’est ce que cela implique d’un point de vue pédagogique ?

  • Les pratiques pédagogiques impliquent souvent faire semblant et règles. Cela rejoint ce que mettent en place parfois les enseignants dans des situations de simulation, comme parler une langue étrangère entre francophones. Mais le jeu implique plus, et peut apparaître difficile à accepter : l’incertitude est légitimement angoissante pour l’enseignant qui aime bien savoir où il va. De plus, la frivolité est difficile à maintenir quand on a des objectifs pédagogiques. Ce sont des critères qui posent problème dans le cadre scolaire. Pour ces raisons, le jeu à l’école devient une activité mixte mêlant forme ludique et forme éducative d’apprentissage. Parfois, l’enseignant l’utilise sans savoir au préalable quelle forme d’apprentissage il recouvre. Une autre voie plus pragmatique amène l’enseignant à transformer, retravailler en profondeur un jeu, à lui donner une nouvelle forme éducative pour qu’il obéisse à une logique pédagogique. S’agit-il encore de jeu ? Il est le signe de la créativité enseignante au service de l’apprentissage.

De fait, quelle place le jeu tient-il à l’école ?

  • Une place plutôt réduite si on le compare à d’autres pays nordiques ou anglo-saxons qui partent de l’initiative de l’élève et de ses activités. En France, le jeu est souvent cantonné à l’activité sportive, à un moment de fin de travail, à l’espace de la cour de récréation sans que l’enseignant puisse observer et évaluer l’impact de ces situations de jeu libre. C’est en effet une attitude peu naturelle pour lui. Cette réalité renvoie au modèle pédagogique français centré sur l’enseignant, la consigne. A contrario, le jeu donne pouvoir et initiative à l’enfant. Sans dire que ce genre d’approche est complètement absente dans les classes, il y a donc là, pour l’enseignant, une incompatibilité assez difficile à gérer.

Et pourtant, il existe un lien entre jouer et apprendre...

  • Pas obligatoirement, car au départ les enfants ne jouent pas pour apprendre mais pour le plaisir de l’activité. En fait, le lien est complexe et renvoie plus à une façon de concevoir l’apprentissage et l’enfant plutôt qu’à une vérité scientifique. Ceci dit, je pense que la relation entre jouer et apprendre est la même que celle que l’on trouve dans les autres actions de la vie courante. Les enfants apprennent en fait dans des tas de situations et à ce titre le jeu est une piste pédagogique à exploiter à l’école pour apprendre, non pas parce que cette dernière aurait une valeur miraculeuse, mais parce que toute activité de la vie quotidienne peut être l’occasion d’apprendre ou même de consolider des apprentissages. De plus, il existe une multitude d’activités ludiques si bien qu’on ne peut donc pas raisonner de manière globale. L’enjeu est alors de mettre en relation les jeux dans leur diversité et les objectifs affichés et de voir si cela a un intérêt pédagogique. Cette voie nécessite un dispositif d’observation afin de proposer par la suite aux enfants des activités d’apprentissage ciblées, non nécessairement ludiques. L’enseignant reste dans la dynamique de la situation vécue par les enfants et s’appuie sur ce qu’il a observé.

Quels intérêts aurait-il alors ?

  • Le jeu est un élément parmi d’autres. Il va conduire à poser des questions sur la construction globale d’apprentissage qui ne fonctionne pas uniquement sur la séparation entre l’école et le monde. On trouve ici l’idée de construction de soi, de découverte de l’autre, d’apprentissage ouvert et informel. Le jeu permet à l’enfant de développer une réflexivité et un discours quand le maître a mis en place des dispositifs adaptés au retour sur les situations ludiques.

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Tag(s) : #Sciences de de l'éducation

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