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À l’occasion de la sortie d’une version enrichie du dictionnaire franco-parisien Je parle le parisien, coécrit avec Camille Saféris, Jean-Laurent Cassely nous décrypte ce langage si particulier qu’est le « parisien » !

D’où est venue l’idée d’écrire sur ce « parler le parisien » ?

Avec Camille Saféris, nous avons croisé un peu nos idées. J’avais déjà écrit PARIS KIT DE SURVIEchez Parigramme quelques années plus tôt, qui se présentait sous la forme de chroniques satiriques sur la vie parisienne. Camille, de son côté, avait écrit beaucoup de livres d’humour. Il m’a parlé de son envie de faire quelque chose sur le langage. Nous avons cherché une manière de retranscrire les nouveaux modes de vie parisiens et, plutôt que faire de la fiction ou de l’essai, l’idée de faire un dictionnaire de traduction nous a semblé la meilleure. Nous avons conçu le livre pour un lecteur fictif, non Parisien, qui découvrirait une nouvelle langue. Ce livre est un décodeur.

Paris est une sorte de scène de théâtre dans laquelle chacun s’efforce de jouer son rôle

Comment cet ouvrage s’est-il construit ?

Nous nous sommes basés sur notre vécu et celui de personnes que nous connaissons. Nous avons aussi beaucoup lu la presse. C’est énormément d’observation. Pour chaque définition, il fallait que cela soit drôle mais que cela soit véridique. Dans toutes les traductions, il y a très peu d’inventions. 99% des mots sont de vrais mots entendus.

Avez-vous la même vision de Paris que celle qui se trouve dans le dictionnaire ?

Pour le livre, nous avons fait l’ethnologie du Parisien et nous avons été neutres dans nos observations. Le dictionnaire, bien qu’humoristique, vise une audience souhaitant s’instruire et apprendre à communiquer avec ce monde étrange. Ce n’est pas le reflet de ce qu’il faut dire ou ne pas dire, l’idée était juste de décrire et décoder de manière la plus détachée possible… Je vais reprendre une formule de Camille: » Paris est une sorte de scène de théâtre dans laquelle chacun s’efforce de jouer son rôle « . Le livre se présente comme un guide qui permet de décoder les phrases, les attitudes, les manières d’être et les manière de vivre. La vie parisienne est un mode de vie très théâtral et très scénarisé. Tout est très cadré et très normé. Il y a des types de dialogues, des types de comportements et des types de personnages. Le ton donné au livre est cinglant et satirique, mais c’est bien sûr de l’autodérision. C’est une satire dans laquelle les auteurs s’incluent. Le dictionnaire reste neutre… C’est le rôle que nous avons donné à cette farce qu’est l’écriture un dictionnaire parisien. Dans les faits, bien sûr, il y a des parties de nous, de nos amis, de nos proches et de nos fréquentations professionnelles dans l’ouvrage.

Le Grand Paris sera peut-être achevé en terme de transports et d’infrastructures avant d’entrer dans les têtes.

Vous définissez « C’est en petite couronne » par « C’est en banlieue », « C’est en grande couronne » par « C’est en province » et » C’est en province » par « C’est dans un trou perdu » ! Pensez-vous qu’il existe un « parler le Grand Paris » ?

Nous évoquons beaucoup le Grand Paris à l’occasion de tel ou tel mot dans le dictionnaire, tout en restant dans ce ton satirique. Le gouffre à la fois matériel et symbolique que constitue le boulevard périphérique est très présent. Le Grand Paris c’est sympa mais dans la tête des gens aujourd’hui, selon moi, cela n’existe pas vraiment. Certes, il y a un phénomène nouveau: beaucoup de Parisiens, vu les prix de l’immobilier, ont dû se résoudre à découvrir le Grand Paris. Je ne pense pas qu’ils le voulaient vraiment au départ mais ils se sont peut-être rendus compte que ce n’était pas si mal. Les banlieusards connaissent Paris parce qu’ils y passent pour le boulot. Les Parisiens, eux, ne connaissent pas bien les communes qui environnent Paris. Il ont donc certaines réticences et même parfois une sorte de condescendance vis à vis de la banlieue. C’est peut-être en train de changer avec le fait que beaucoup de Parisiens sont amenés à aller vivre en petite couronne ou au delà. Le Grand Paris sera peut-être achevé en terme de transports et d’infrastructures avant d’entrer dans les têtes.

Je parle le parisien, Le Dictionnaire franco-parisien, Jean-Laurent Cassely et Camille Saféris,Parigramme.

Martin Vienne

​Source

Tag(s) : #Etudier en France

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