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Langues régionales françaises, langues ou parlers propres à une région et développés en marge de la langue officielle ou nationale.

Si l’on prend le mot langue dans son sens linguistique (système qui permet à une parole de faire sens), il faut considérer comme langue ce que l’on appelle parfois dialecte, parfois patois. Au cours de l’histoire, le français s’est imposé comme langue au sens étroit, c’est-à-dire langue commune et favorisée politiquement, sur un large territoire ; il a cependant longtemps coexisté avec des langues régionales, dont certaines subsistent encore.

 

LANGUE, DIALECTE, PATOIS

Dans le langage courant, le mot dialecte désigne une langue différente de la langue commune et dominante ; dans le vocabulaire savant, il désigne un idiome considéré comme l’une des variantes d’un ensemble linguistique. Dans le premier sens, on peut dire que l’alsacien est un dialecte de France ; dans le second sens, il faut dire que l’alsacien est un dialecte germanique. On réserve parfois le terme de langue régionale aux parlers n’appartenant pas à la famille romane à laquelle appartient le français, ou aux parlers romans n’appartenant pas au groupe gallo-roman.

Le mot patois est péjoratif ; son étymologie n’est pas établie mais le rattacherait au mot patte. Ses emplois anciens le donnent comme synonyme de langue étrangère impossible à comprendre. Pourtant, le mot permet de désigner les nombreux idiomes servant (ou ayant servi), dans le monde rural traditionnel, de moyen de communication dans l’espace restreint d’une communauté. Sa valeur péjorative le fait parfois remplacer par l’anglicisme vernaculaire.

Ne sont pas romans le breton (dialecte celtique parlé en Bretagne), l’alsacien et le lorrain germanique (dialectes bas germaniques, alémanique pour le premier, francique pour le second), le flamand de la région de Dunkerque (dialecte haut germanique mais différent du néerlandais), le basque (langue d’origine non établie, non-indo-européenne, c’est-à-dire plus ancienne que l’arrivée des Gaulois).

On peut y ajouter le corse (dialecte italique proche du pisan) et le catalan du Roussillon, qui sont romans comme le français mais ne sont pas rangés dans l’ensemble gallo-roman. Par ailleurs, la réussite de la renaissance du catalan redevenu langue régionale officielle en Espagne et la revendication d’une identité culturelle propre en Corse (« riacquistu ») font que l’on utilise systématiquement pour ces idiomes le mot langue. Pourtant, la normalisation de ces langues régionales est inégale : elle n’existe pas encore pour le corse, même s’il s’écrit depuis le siècle dernier et qu’il est entré à l’école dans les années 1970.

 

DIALECTES GALLO-ROMANS

Outre les langues régionales déjà citées, la France comprend un vaste domaine dit gallo-roman, lui-même partagé en trois zones : le gallo-roman septentrional ou langue d’oïl, le gallo-roman méridional ou langue d’oc, ou encore occitan, et une zone intermédiaire à l’est appelée franco-provençale.

Au Moyen Âge, deux langues littéraires s’étaient constituées. Au Nord, dès le XIe siècle, le normand et le picard, dialectes d’oïl, virent apparaître une littérature que ses spécificités dialectales empêchèrent de devenir une langue commune d’oïl pouvant également convenir aux régions de l’Ouest, à la Bourgogne et à l’Île-de-France, régions riches et importantes. C’est alors que se constitua à partir du francien (dialecte de l’Île-de-France) une langue commune qui devait devenir l’ancien français. Au Sud fleurit la langue littéraire des troubadours, langue occitane.

À la fin du Moyen Âge et à la Renaissance, le français s’imposa comme langue officielle du royaume de France. Il fallut cependant des siècles pour qu’il se diffuse dans l’ensemble de la population. Au XVIIe siècle, Madeleine de Scudéry à Marseille et Racine à Uzès virent des régions où le français était ignoré. Pendant la Révolution, l’abbé Grégoire traça dans ses rapports le portrait d’une France qui ne parlait pas français, à la fin d’un siècle où la langue et la culture française avaient rayonné dans les élites de toute l’Europe. L’instruction publique diffusa la langue nationale surtout à partir du XIXe siècle.

Pourtant, au début du XXe siècle, les langues régionales morcelées en patois formaient encore « une vaste tapisserie dont les couleurs variées se [fondaient] sur tous les points en nuances insensiblement dégradées » (Gaston Paris). Dans cette tapisserie, les linguistes ont dessiné des zones correspondant souvent aux anciennes provinces, zones réunies en familles linguistiques. Pour le domaine d’oïl : picard, wallon (qui se prolonge largement en Belgique), haut normand, champenois, lorrain (de la Lorraine non germanique), sud-est (bouguignon, bourbonnais, franc-comtois), centre (francien, orléanais, berrichon), nord-ouest (anglo-normand des îles, bas normand, mayennais, manceau, angevin, tourangeau), sud-ouest (poitevin, saintongeais).

De nos jours, certains dialectes ont disparu ou sont en voie d’extinction ; leur aire d’extension va parfois se rétrécissant (c’est le cas du flamand, par exemple). Les dialectes d’oïl sont les plus fragiles : proches du français, ils se francisent et deviennent facilement des français patoisés. D’autres sont vigoureux, par exemple le wallon qui, en Belgique, donne lieu à une littérature, ou l’alsacien, qui se parle encore couramment.

 

ÉTUDE DES DIALECTES

L’étude des dialectes passe par l’étude des textes anciens quand ils existent (anciens picard et occitan), des littératures modernes écrites dans un dialecte littéraire reconstruit, des textes écrits en patois modernes et surtout par la collecte orale, qui a permis la constitution de grands dictionnaires à partir de la seconde moitié du XIXe siècle (dont W. von Wartburg a établi la bibliographie en 1934) et l’établissement de cartes (l’Atlas linguistique de France d’E. Edmont et J. Gilliéron, publié de 1902 à 1909, a été suivi de nombreux autres atlas régionaux). Voir géographie linguistique.

Tag(s) : #Langue française

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