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La plupart des lettres reçues ces derniers mois ont eu pour objet l'absence de liaison pourtant indispensable entre les adjectifs numéraux et le mot "euro", et régulièrement évoquée dans cette rubrique depuis l'introduction en janvier 2002 de la monnaie européenne en France.
 
La liaison en effet est obligatoire entre le déterminant, que ce soit un article, un adjectif possessif, démonstratif ou numéral et le substantif : on doit donc dire trois z'euros. Jusque-là tout va bien !

Quatre et mille étant toujours invariables, il importe de prononcer les deux mill'euros que je te dois ou les quatr'euros, et non les deux mille z'euros ou les quatre z'euros.
 
Avec vingt et cent, tout se complique et la liaison devient franchement dangereuse. C'est pourquoi on applique souvent le "Courage, fuyons", qui se traduit par une absence de liaison.

Les formes complexes des adjectifs numéraux cardinaux sont composées soit par addition vingt-deux, soit par multiplication trois cents, deux mille, soit tout à la fois par addition et multiplication deux mille trente.

De là découle l'accord de vingt et de cent : "Vingt et cent ne prennent la marque du pluriel que dans le cas où, multipliés par un autre nombre, ils terminent l'adjectif numéral" : deux cents z'euros, trois cent quatre-vingts z'euros.

Cette règle s'applique aussi lorsque le multiplicateur est des ou un adjectif indéfini : Pouvez-vous me prêter quelques cents z'euros ? Cependant dans les vingt t'euros reçus, voici vos vingt t'euros, prenez ces cent t'euros, vingt et cent ne sont pas multipliés par le déterminant qui les précède.

Une ancienne enseignante écrivant au Conseil se demande si ces règles qu'on apprenait jadis à l'école primaire ont été modifiées ou supprimées : "Ce serait à vérifier, écrit-elle, et si la règle existe toujours, il conviendrait de la rappeler aux journalistes et aux présentateurs de la télévision car ce sont eux, à notre époque, qui sont "entendus" et copiés par les téléspectateurs. Ils ont, je crois, plus d'influence que les instituteurs devenus les professeurs d'école".

Ces règles d'accord existent toujours et sont énoncées dans tous les dictionnaires et les grammaires. Cependant, conformément à l'arrêté du 28 décembre 1976, dit arrêté Haby, relatif aux tolérances grammaticales ou orthographiques, il se peut que ces fautes d'accord ne soient pas pénalisées dans les examens ou concours du ministère de l'Éducation nationale sanctionnant les étapes de la scolarité élémentaire et de la scolarité secondaire, qu'il s'agisse ou non d'épreuves spéciales d'orthographe : "On admettra que vingt et cent, précédés d'un adjectif numéral à valeur de multiplicateur, prennent la marque du pluriel même lorsqu'ils sont suivis d'un autre adjectif numéral" (1).

Une observation attentive des médias montre que si dans un premier temps ces liaisons dangereuses avec l'euro étaient peu nombreuses, elles se généralisent aujourd'hui avec ici et là quelques couacs. Du reste, les professionnels en sont conscients et il arrive notamment à la radio que des animateurs se corrigent eux-mêmes ou reprennent gentiment leurs confrères en rappelant à l'antenne le difficile accord.
 
Fait assez rare dans l'histoire de notre langue, l'oral remet en mémoire une règle régulièrement oubliée à l'écrit.

 
(1) Arrêté du 28 décembre 1976 relatif aux tolérances grammaticales ou orthographiques (Journal officiel - N.C. du 9 février 1977).

Source: http://www.csa.fr/actualite/dossiers/dossiers_detail.php?id=27983

Tag(s) : #Langue française

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