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Mansour-Hamouda--auteur.jpgAncien directeur des personnels au ministère de l’Education nationale, Mansour Hamouda se met à l’écriture. Cet ancien inspecteur d’académie vient d’éditer deux ouvrages qui méritent l’attention et la citation. Le jeune écrivain, qui ne manque pas de projets, a bien voulu éclairer nos lanternes.

-Y a-t-il une part autobiographique dans votre roman la dernière chaumière ?

A mon sens, il y a toujours dans une situation d’écriture quelque chose de paradoxal. L’écrivain se projette corps et âme dans l’ouvrage qu’il réalise, tandis que se chevauchent le conscient obéissant à la volonté de l’auteur quant à l’objectif qu’il s’est tracé et l’inconscient imposant sournoisement la présence de l’auteur lui-même. On ne sait en fin de compte qui de l’âme ou du corps se met au devant de la scène.Il appartiendrait alors aux lecteurs de spéculer sur la part des acteurs. Dans le cas de mon livre, cette problématique est moins complexe.

-Le deuxième livre Moi M’sieu…! Moi M’sieu est un hommage à l’institut, non ?

Ce livre retrace de façon quelque peu romancée toute ma carrière au service de l’enseignement, de l’éducation, de la formation et de l’administration scolaire étalée sur une quarantaine d’années.
On y découvrira l’enseignant dans sa gloire, mais aussi dans ses déboires. Je relate, en outre, le parcours de l’enseignant et sa volonté de travailler sans céder au découragement engendré par moult obstacles. Présenté lors du dernier Salon  international du livre d’Alger, l’ouvrage a été bien reçu aussi bien par le grand public que les initiés.

-Qu’avez-vous en chantier ?

Deux ouvrages se trouvent actuellement à l’ENAG, le premier a pour titre Incohérences. Il traite de faits sociaux de tous les jours, d’époques différentes, selon l’importance. Il ne néglige aucun aspect visible ou la traçabilité évidente. Il passe en revue, quoique superficiellement parfois, l’école et son rôle dans le développement et le respect de l’environnement, l’indifférence de la jeunesse vis-à-vis de l’agriculture, alors que se meurt la campagne et, avec elle, le terroir.

Le livre s’attarde également un instant sur les fêtes, le lucre et le fast des convivialités d’emprunt, les extravagances, l’art de brocarder l’art, le charlatanisme, et même le suicide à travers la superficialité des propos tenus, ça et là, dans les cimetières et la profondeur des fosses d’enfouissement. Alors que le second, Une Dette honorée, est un roman qui aurait pu s’intituler Le Hasard et la félicité.
Il part d’un fait authentique remontant à 1942, donc pendant la Seconde Guerre mondiale, et met en scène deux personnages aux antipodes l’un de l’autre ; le premier déterminé par les exigences de l’histoire qui reprend ses droits, tandis que le second l’est inconsciemment ( ?) par la divagation d’illuminés accrochés à une fantasmatique purification de l’espèce humaine. Leur rencontre fortuite, durant la guerre mondiale en Algérie même servira de leçon à l’un comme à l’autre et se nourrira de rebondissements jusqu’à notre guerre de libération, douze ans plus tard.

-Pour quelle raison  écrivez-vous ?

Lors d’un passage dans une émission de Canal Algérie, j’ai eu furtivement à m’exprimer sur cet aspect de ma balbutiante activité littéraire. Pour lire en soi, j’ai commencé par bannir le miroir, car il y a quelque chose de perfide, de trompeur dans cet attrape-nigaud à travers l’image qu’il nous renvoie. On croit en effet être un, et on s’en satisfait, alors qu’en réalité on est multiple. Loin de moi l’idée de porter un quelconque jugement sur les tendances narcissiques où l’on cherche à s’en plaire, là n’est pas mon propos.
   J’ai donc préféré écrire car l’écriture, contrairement au bout de glace, fut-il teinté d’argent, restitue l’image dans tous ses états et nous révèle à nous-mêmes comme aux autres. J’écris parce que ce mode d’expression, outre sa capacité à conserver, et partant compenser les limites de la mémoire, ce mode, dis-je, me permet aussi de remonter à la surface tant et tant de choses refoulées pour les lire avec un œil nouveau et, pourquoi pas, invalider des jugements émis hâtivement et des certitudes admises comme vérités. J’ai pu constater bizarrement que j’écris différemment selon les saisons. J’en arrive à croire que la pensée, je veux dire «l’usine à idées», se comporte comme la nature. A-t-on vu sous nos latitudes un cerisier fleurir en automne ? J’écris parce qu’au seuil de ma vie, si je ne le fais pas, je partirai finalement avec le sentiment de n’avoir fait que traverser un désert. Le faire, ce serait aussi rendre un vibrant hommage à ceux qui m’ont appris à lire.

-Selon vous, l’écriture a-t-elle un avenir en Algérie ?

D’emblée, on est tenté de penser que sans lectorat l’avenir de l’écriture pourrait être incertain. Il faudrait peut-être se demander qui de l’un conditionne l’autre ? Disons qu’il y a comme une relation dialectique à grande échelle. Nous nous situons, ici, en aval de la problématique, car en amont la donne est autre. Faute de prise en charge dès l’école primaire même, nous courrons indubitablement le risque de n’avoir ni écriture ni lectorat. Quand les enfants, tout jeunes, curieux de nature ou même initiés à cette tendance, ont été convaincus que tout papier imprimé véhicule un message, on peut espérer que du lot émergeront des talents d’écrivains dès le jeune âge.Cette aptitude a des chances d’être différée jusqu’à un âge avancé. Tout revient donc à la formation de base. Mais il ne faut pas non plus souhaiter une inflation d’écrivains, sous peine de se contenter de contempler le monde au lieu de songer à son changement.

-Peut-on devenir écrivain à un certain âge ?

Logiquement, c’est en vieillissant que l’on a le plus de chance ou de désir d’accéder à la fonction d’écrivain. Pourquoi ? Simplement parce que la personne âgée a accumulé une expérience qu’elle voudrait jalousement conserver. Mais il ne suffit pas de vouloir ni d’être seulement motivé. Un bagage lexical conséquent est indispensable pour mobiliser les idées, de même qu’il  est nécessaire de posséder des techniques d’agencement qu’il est possible d’acquérir. Il ne manquerait alors qu’un élément essentiel et déterminant : la sensibilité.

-Selon vous, l’écriture est un refuge ou un défouloir ?

Pour moi, ce n’est ni l’un ni l’autre. C’est une balade dans les dédales de
la mémoire, mais aussi de l’inconscient comme du subconscient. Dès que la plume, que je qualifie de spéléologue des profondeurs humaines, entame son investigation, elle me permet de découvrir des idées dont je n’ai jamais soupçonné l’existence et que, dérangées dans leur assoupissement, elles émergent de façon fulgurante. Je ne sais s’il s’agit de séquences de vie antérieures refoulées. Auquel cas, quand ? Comment ?

-Les problèmes de l’édition et de la diffusion n’encouragent pas les bonnes volontés, non ?

Le volet commercial de l’édition est d’une légitimité incontestable, compte tenu des coûts de production. Il y a certainement d’énormes investissements qu’il faut rentabiliser. Le reproche serein à faire aux éditeurs, c’est leur propension et leur empressement à rentrer rapidement dans leurs sous. C’est humain.Mon souhait serait qu’ils fassent l’effort d’étaler la récupération de leurs biens dans le temps. Ils pourraient, ainsi, permettre à des talents balbutiants, dont au demeurant ils ont peut-être peur commercialement parlant, de se faire connaître et de se parfaire. Ne sont-ce pas eux leurs futurs pourvoyeurs et les garants de leurs enseignes ? Vue sous l’angle de la participation de toutes les bonnes volontés, l’écriture aura de fortes chances de prospérer, assurée qu’elle sera d’avoir un lectorat et un avenir.
Kamel Beniaiche. Source: El Watan

Tag(s) : #Littérature

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