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Les apôtres du béhaviorisme et ceux du modèle pédagogique transmissif ont longtemps considéré à tort que les élèves étaient une sorte de vases vides à remplir. On leur définissait alors un profil d’entrée (in put) –le même pour tout un chacun- et un autre de sortie (out put) et des contenus d’apprentissage qu’ils doivent « ingurgiter » pour l’atteindre. C’est une pédagogie qui met l’accent sur les savoirs en omettant totalement que chacun des apprenants est une personne humaine avec ses qualités et ses faiblesses, un cas à part, une histoire de vie exceptionnelle, un être fait d’expériences, qui a acquis des connaissances (extra) scolaires et des besoins, qui possède son rythme et style d’apprentissage…  « L’apprentissage se résume, selon ces pédagogies traditionnelles, à un enregistrement en mémoire du savoir exposé par l’enseignant, comme si ce savoir s’imprimait directement dans le cerveau de l’élève telle une pellicule photographique ». L’acte d’enseigner y est donc central. C’est l’enseignant qui dit et montre le savoir, le construit et le structure. Il n'y a rien à apprendre lorsqu’il ne parle pas ou ne montre pas. L’élève, lui, écoute attentivement et reçoit le savoir dans sa tête supposée vide. Il est modelé de l’extérieur et doit s’adapter aux activités magistrales ou interrogatives proposées par l’enseignant dans une situation de communication collective et verticale. En conséquence, un enseignement parfaitement réussi serait un exposé où l'enseignant ne commettrait aucune erreur, suivi d'un test où l'élève montrerait par des réponses justes qu'il a parfaitement compris. C'est le modèle “j'apprends/ j'applique”. En prétendant que le message que l’enseignant pense communiquer est le même que celui que l’élve croit percevoir, les adeptes de ce modèle se sont mis le doigt dans l’œil car de nombreuses études montre qu’il n’en est rien car, comme dit Gaston Bachelard (1884-1962), «quel que soit son âge, l'esprit n'est jamaisvierge, table rase ou cire sans empreinte ».  

Jean Piaget (1896 – 1980) soutient que ce modèle sous-estime le rôle de l’élève et de ses processus congnitifs dans la construction de son savoir. Le plus judicieux –et je rejoins ici l’approche socio-constrictiviste- est d’impliquer l’apprenant dans la construction de son savoir. L’enfant essaye, recommence s’il y a lieu, commet des erreurs, se corrige. Il apprend et découvre des règles, des concepts, des mécanismes et met en place des stratégies de résolution de problèmes. 

Néanmoins, sur un plan pratique, cela n’est pas de tout repos aussi bien pour l’enseignant-animateur que pour l’enfant-acteur-de-ses-apprentissages. La psychanalyse nous explique le processus et le chemin sinueux et semé d’embuche qu’emprunte l’individu pour accéder à l’apprendre. En construisant lui-même son savoir, l’élève est confronté à des situations-problèmes nouvelles qu’il tente de résoudre en mobilisant ses savoirs, savoir-faire et savoir-être. Il est alors mis dans un processus d’assimilation. S’il ne parvient pas à débloquer la situation, il est déséquilibré et se trouve dans une situation de conflit cognitif angoissante. Ceci est susceptible d’entraîner chez certains sujets un choc dû à une perte de repères car, comme dit Bachelard, « la compréhension s’acquiert contre une connaissance antérieure en détruisant des connaissances mal faites ». C’est surtout là qu’intervient le travail psychanalytique sur l’enfant. Chaque individu appréhende cette situation selon ses caractéritiques psychiques. Si certains « laissent tomber » à la première difficulté rencontrée avec toutes les conséquences graves que cela peut entraîner sur leur comportement d’apprenant, d’autres en revanche persévèrent, revisitent ce qu’ils savent, construisent les connaissances qui leur manquent pour s’accommoder au problème posé. Ils réfléchissent sur et dans l’action, en interaction avec les autres. Peu à peu, ces derniers parviennent à résoudre « leur » problème et le déséquilibre est surmonté et on entend alors dans la classe des cris de satisfaction du genre : « Eurêka ! J’ai trouvé la solution ! ». L’enfant éprouve de la jubilation de l’émotion, de la fièrté d’avoir accompli « tout seul » une tâche utile. C’est ainsi que l’élève retrouve l’équilibre et apprend à structurer ses connaissances afin de mieux résoudre de façon autonome les nouveaux problèmes qui lui seront posés.

Contrairement à l’expression « ça y est, j’ai compris ! » citée dans le texte de Mireille Cifali, moi je préfère entendre chez les apprenants « ça y est, j’ai trouvé la solution !». En effet, la première révèle que l’élève a assimilé les savoirs qu’on lui a présentés et prouve que l’enseignement s’opère dans une approche par les contenus qui met, encore une fois, l’accent sur les savoirs. Tandis que la seconde elle est la preuve que l’enfant a acquis une nouvelle compétence car l’important n’est pas de comprendre mais de ce qu’on peut faire de ce qu’on a compris !          

Là-dessus, je pense qu’on ne peut apprendre qu’à partir de ce qu’on sait déjà (l’inné, l’acquis), de ce qu’on est déjà (l’être psychologie mais aussi physique et physiologique) et de ce qu’on est par rapport aux autres (altérité). L’intelligence et la raison sont des qualités et des atouts indéniables certes mais elles ne suffisent. L’important n’est pas seulement d’avoir des dons et des acquis mais d’être. Et c’est exactement cet être qui échappe aux éducateurs et qui ne peut être appréhendé et saisi que par le biais de la psychanalyse, cette technique d'investigation psychologique freudienne par analyse du psychisme à travers l'inconscient, appliquée dans le domaine pédagogique. D’où l’importance de l’apport de cette discipline dans le pédagogique même si Freud range l’éducation parmi les trois professions impossibles, à savoir gouverner, éduquer et soigner !

Par Karim Kherbouche


- Les élèves n’ont pas tous le même rythme d’apprentissage, les uns apprennent plus vite que d’autres. Et chacun a son style d’apprentissage : si, par exemple, les uns aimeraient apprendre l’écrit, d’autres préfèreraient perfectionner l’expression orale.

- IREM/ G.P.C. / de Toulouse, Comment apprend-on ?, Stage “Analyse de situations didactiques en mathématiques au collège“, page 1

Tag(s) : #Psychologie

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