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semaine-de-la-citoyennete.jpgALORS QUE L'ÉCOLE CONSTITUE l'un des principaux sujets autour desquels se cristallisent les inquiétudes et les attentes des citoyens, les débats éducatifs, pourtant aussi vifs que nombreux dans la société française contemporaine, constituent paradoxalement une sorte de domaine réservé de praticiens ou théoriciens professionnels de l'éducation. Effet pervers de l'institutionnalisation des sciences de l'éducation depuis les années 1960, le discours éducatif se développe volontiers de manière auto-référentielle, comme un discours d'experts ou une controverse entre experts à la recherche de la bonne solution à des problèmes clairement identifiés. Tout se passe comme si la question éducative était avant tout technique, comme s'il ne s'agissait que de trouver le bon moyen de réaliser des finalités unanimement admises.
Or plutôt que technique, le débat éducatif est politique : à travers les controverses autour des modalités éducatives à mettre en  uvre se dessine un conflit entre projets de société. En effet l'éducation, quel que soit le degré ou le type de formalisation qu'une société lui assigne, participe nécessairement à l'institution du collectif social-historique. Procédant à l'intégration des individus nouveaux-nés au monde, elle fonde l'identité synchronique et diachronique d'un collectif, elle le définit comme entité singulière à la fois spécifique et inscrite dans une certaine continuité temporelle. En tant que telle, elle participe du politique défini comme une fonction de « régulation sociale, fonction elle-même née d'une tension entre le conflit et l'intégration dans une société[1]tension dont la résolution dessine les contours de la société à venir.

2 C'est dire que l'éducation est à la fois objet et sujet politique, et objet car sujet du politique : c'est parce que l'éducation est l'un des vecteurs à travers lesquels se réalise un projet de société qu'elle est en débat. L'école est l'un des lieux où s'inscrit le politique, et l'un des plus fondamentaux ­ puisqu'il s'agit d'un « pouvoir constituant[2]  au second degré, un pouvoir qui fonde la possibilité et les conditions d'existence ultérieures du pouvoir explicitement institué comme politique. Si les grands théoriciens modernes du politique, de Locke à Rousseau, ont accordé une place centrale à la réflexion éducative, c'est précisément du fait de cette complémentarité, voire de cette consubstantialité entre politique et éducation qui les amène à voir « la théorie éducative comme théorie politique[3]

Cette dimension politique et constitutive du politique trouve une illustration exemplaire dans cette partie de la formation explicitement désignée comme « civique ». Les débats autour de notions telles que « instruction civique », « éducation civique » ou, plus récemment, « éducation à la citoyenneté » ne sont pas que querelles de mots. S'ils sont si vifs depuis une trentaine d'années, c'est qu'ils engagent plus que l'enjeu technique de la bonne méthode pour apprendre aux élèves l'architecture institutionnelle française, les valeurs de la République, ou plus généralement du cursus adéquat pour former de futurs citoyens. À travers cette dimension propédeutique, chacune de ces notions engage une certaine vision du politique, de son organisation et de son rapport au reste de la société, qu'elle entreprend de réaliser. À travers le débat éducatif se donne à lire un débat constitutionnel, et plus fondamentalement encore un débat sur la fonction et le fonctionnement légitimes des institutions politiques.

4 Analyser le projet dont la notion d'éducation à la citoyenneté se veut porteuse n'a donc pas seulement pour but de clarifier le débat éducatif en précisant les positions des uns et des autres. Il s'agit aussi de lui restituer sa dimension politique, plus précisément de projet politique, de montrer en quoi la citoyenneté à laquelle elle entend éduquer se distingue des modèles précédents et implique un renouvellement de grande ampleur qui, bien au-delà de l'école, touche l'ensemble des institutions politiques, voire le principe même de la médiation institutionnelle. Il s'agit, enfin, de préciser la portée et de pointer les difficultés de cette réforme apportée à la logique institutionnelle républicaine dans le sens d'une démocratie plus dialogique, plus participative et tendanciellement généralisée.

5 Une telle analyse n'entend pas rendre compte de la totalité des évolutions en cours, ni même de leur réalité concrète. Compte tenu de sa taille, de sa complexité et de la diversité de ses missions, l'école est sans doute l'une des institutions les plus difficiles à réformer ­ d'autant que sa fonction intégrative elle-même implique une certaine homéostasie du collectif et de ses structures institutionnelles. De la théorie à la pratique de l'éducation à la citoyenneté, le décalage existe sans doute ­ et mériterait une analyse ad hoc. Reste que, à travers elle, se révèlent certaines tendances lourdes quant à la façon dont, dans un contexte de « déclin de l'institution », est (re)pensé le politique contemporain. Lire la suite sur cairn.info

Tag(s) : #Education et formation

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