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Pour un enseignant dans le milieu rural, la traversée pénible des routes, des oueds et des montagnes pour accéder à son lieu de travail, relève du parcours du combattant. Il exerce souvent dans des conditions des plus précaires. Et c'est un vrai calvaire en cette saison de pluies et de froid.
 
 
 
 
En un pluvieux et glacial matin de décembre, au village Jbabra dans la province de Taounate, Karim, enseignant de 33 ans parcourt comme presque quotidiennement, plusieurs km en voiture et à pied en passant par des oueds et des montagnes pour arriver à son école. «C'est le parcours du combattant depuis quatre ans. Je me lève chaque jour à 5h du matin pour me déplacer à l'école à bord de ma voiture. Après 2 heures de périple en voiture, ce sont 8 km de pistes qui m'attendent. Et si chaque saison à ses désagréments. Les hivers sont durs à subir dans cette région. Il arrive même que je me retrouve avec 5 sur 18 élèves inscrits à l'école à cause notamment des pluies diluviennes qui s'abattent chaque année sur la région rendant l'accès à l'école, impossible pour de nombreux élèves et enseignants», a-t-il précisé. Une situation que vive la majorité des enseignants affectés dans les zones rurales. Ils font face non seulement à des conditions météorologiques extrêmes mais aussi à des conditions de travail précaire.

« Une école rurale est souvent composée d'une ou de deux classes équipées du strict minimum à savoir un tableau, des tables et des chaises pour les élèves, sans chauffage et parfois sans électricité, ni eau potable, ni toilettes, ni même un bureau pour l'enseignant. Et le pire c'est que l'enseignant enseigne plusieurs niveaux dans la même classe », a ajouté Karim. Pis encore, dans une classe en préfabriqué, humide, froide donner des cours sans outils pédagogiques fondamentaux, est loin d'être une partie de plaisir. « Nous travaillons avec les moyens classiques Un tableau noir, de la craie et quelques ouvrages. Mais rien pour développer l'esprit de l'élève et lui permettre de s'épanouir. Et si certains apprenants arrivent à dépasser le stade de l'enseignement primaire, cela relève de leur volonté, de leurs familles ou d‘un simple coup de chance. Les conditions du travail sont très précaires, voire médiocres aussi bien pour l'élève que l'enseignant », a indiqué une enseignante du secondaire qui fait la navette quotidiennement de Fès à la région de Taounante.

Diplômés universitaires, plusieurs instituteurs sont contraints de passer de longues années dans les régions les plus isolées avant d'espérer la délivrance. « Avant d'atterrir à Jbabra, j'ai passé 10 ans à Zagora, Guelmima et Ktama, des régions lointaines où j'ai vécu d'innombrables aventures et où j'ai maudit chaque jour le choix du métier d'enseignant. Et quand j'ai réussi à être réaffecté à Jbabra, je me suis estimé heureux parce qu'après ces longues années de dépaysement, je me suis dit que je pourrait enfin habiter chez moi à Fès et me déplacer chaque jour vers l'école rurale même si les routes sont quasiment impraticables et les conditions de travail toujours très précaires », a précisé Karim. Un constat confirmé par Mohamed Mejait, délégué du ministère de l'Education nationale à Moulay Yacoub, une région à dominance rurale.

«La province de Moulay Yacoub présente plusieurs caractéristiques spatiales et démographiques. De fait, l'infrastructure routière insuffisante et l'inexistence de moyens de transport fréquents font de l'accès des enseignants à leur lieu de travail un parcours du combattant surtout pendant les périodes pluvieuses.». a-t-il expliqué. Une situation qui n'empêche pas par ailleurs, la plupart des enseignants dans les régions rurales avoisinantes de Fès, à opter pour la navette. «C'est inconcevable de loger définitivement à proximité des écoles dans une région qui manque de tout et même d'un dispensaire de santé. L'inexistence d'infrastructures et l'incapacité d'adaptation dans ces conditions, sont les 2 principales raisons qui m'ont incité comme plusieurs de mes collègues à faire ce choix». a précisé Amine, enseignant aussi à Jbabra dans la province de Taounate. C'est pareil dans la région de Moulay Yacoub.

Il y a, selon Mohamed Mejait, pas moins de 98% des enseignants qui habitent à Fès et se déplacent régulièrement pour travailler dans l'une des communes de la province de Moulay Yacoub. « Ce déplacement quotidien est loin d'être sans conséquences pour les bourses des enseignants. Cela devrait coûter quelques 1200 DH chaque mois. Et ce n'est pas rien », a-t-il ajouté.
Ce n'est pas aussi simple pour les instituteurs qui ont opté pour l'habitat dans une zone rurale.

« Je suis mariée et mère d'une fillette de 2 ans, j'ai décidé après des années de galère de m'installer à côté de mon école. Je ne pouvais pas faire autrement vu que je ne pouvais pas me déplacer chaque jour avec ma fille dans des conditions lamentables. J'ai loué donc une petite maison ici, et je me suis installée avec ma fille.

Cependant, mon mari réside toujours à Fès à cause de ses obligations professionnelles et on se voit seulement les weekends quand les conditions météorologiques le permettent. C'est une véritable déchirure que vit ma famille», a souligné Fatima, enseignante depuis 5 ans dans un douar près de Tissa, la région de Taounate. Une situation pénible que vivent de nombreux enseignants. Ils paient de leur santé, de leurs belles années de jeunesse, le choix d'exercer un métier noble qui est l'enseignement et le choix aussi de transmettre le savoir pour un lendemain et surtout pour un Maroc meilleur. Un choix qui mérite d'être récompensé à sa juste valeur.

L'école communautaire pour un meilleur enseignement dans le rural

L'école communautaire est une expérience pilote lancée récemment dans certaines régions du Maroc dont la région de Moulay Yacoub. Elle consiste à regrouper les élèves ruraux du primaire dans un seul établissement équipé d'infrastructures de base et d'outils pédagogiques nécessaires à leur enseignement. Ce type d'établissement scolaire est lancé dans le cadre du plan d'urgence pour la rationalisation des ressources humaines, l'amélioration du contenu pédagogique, la réalisation de meilleurs résultats sur le plan du rendement, ainsi qu'à la lutte contre la déperdition scolaire.
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Questions à: Mohamed Mejait • Délégué du ministère de l'Education nationale à Moulay Yacoub

«Le programme d'urgence constitue une réponse pragmatique aux défis du rural»

• Quelles sont Les spécificités de l'enseignement scolaire au niveau d'une province à dominance rurale comme Moulay yacoub ?

Le territoire occupé par la province de Moulay Yacoub présente plusieurs caractéristiques spatiales et démographiques, avec notamment, des habitats dispersés; une infrastructure routière insuffisante ; un sol de nature argileuse qui influe sur la stabilité des constructions scolaires; et un territoire en croissant autour de Fès dont il subit l'hégémonie… Mais, malgré tous ces écueils, l'enseignement au niveau de la province connaît un dynamisme réel traduit par un taux de croissance des effectifs scolarisés de l'ordre de 8.8%, un taux d'abandon scolaire en régression de 0.5% au primaire et de 2% au secondaire (58 élèves du primaire et 34 du secondaire collégial ont été réintégrés dans le système éducatif dans le cadre de l'opération «child to child»), et comme signe de l'efficacité interne du système et de l'amélioration qualitative des indicateurs, le taux de redoublement a connu un recul de 2.52% au cycle primaire, 1.33% au secondaire collégial et 6.07% au cycle secondaire qualifiant.

• Les écoles du monde rural souffrent souvent du manque d'infrastructures. Qu'en est-il pour la province de Moulay Yacoub ?


L'offre scolaire au niveau de la province est caractérisée par la prééminence du préfabriqué. En effet, environ 72% des salles de classe sont en préfabriqué (au niveau du primaire).la combinaison de ce type de constructions avec la nature mouvante du sol dans la plupart des communes de la province, exige une attention particulière et des travaux d'aménagement périodiques. Notons que le préfabriqué a accompli pendant des années la mission qui lui a été alloué, à savoir la généralisation de l'enseignement dans un paysage disparate, caractérisant le monde rural. Il a contribué, par ricochet à la formation de plusieurs générations, mais ce type de construction ne peut pas résister plus longtemps, et nécessite des réfections d'une manière continue. Il est à signaler que les nouvelles constructions sont désormais en dur. De même, le remplacement des salles de classes vétustes se fait selon un programme bien défini.

• Les conditions de travail très précaires dans l'enseignement rural mettent à bout les enseignants après quelques années d'exercice. Que fait la délégation pour résoudre les problèmes qui entravent le développement de l'enseignement dans la province ?

En dépit de toutes les contraintes de l'enseignement et qui sont inhérentes au monde rural, le programme d'urgence, de par les projets qu'il abrite, constitue une réponse moderniste et pragmatique à ces défis, en proposant un package de dispositions permettant l'amélioration quantitative et qualitative des indicateurs de scolarisation, grâce à l'extension de l'offre scolaire; la réhabilitation et la réfection ; mais aussi et surtout, une panoplie de dispositions incitatives relevant de l'appui social.
Concernant le premier axe et dans le cadre de l'exercice 2009/2010, la délégation s'est fixée comme objectif l'extension de l'offre scolaire par la Création d'une école communautaire; deux écoles primaires, trois établissements du secondaire, cinq internats; cinq salles pour l'enseignement préscolaire, deux salles pour les communautés à besoins spécifiques et construction de sept terrains de sport.
L'accent est davantage mis sur les investissements en matière de construction des établissements du secondaire et ce dans le cadre des pôles d'accueil répartis dans la province en terme de postes pédagogiques aussi bien à l'externat qu'à l'internat, en vue de permettre à tous les élèves de parachever leur scolarité depuis le primaire jusqu'au baccalauréat.
L'appui social représente, à son tour, le fer de lance pour améliorer les indicateurs de la scolarisation. C'est un programme qui, s'il avait été adopté plus tôt, aurait pu accélérer le rythme de scolarisation en milieu rural. Dans ce cadre, 100% des élèves ont profité de l'offre de fournitures scolaires et plus de 90% des communes ont bénéficié du programme TISSIR.
   
   
   
 
Repères
 
  Conditions difficiles
   
 
  L'infrastructure routière insuffisante et l'inexistence de moyens de transport fréquents et à débit régulier, font de l'accès des enseignants à leur lieu de travail un parcours du combattant surtout pendant les périodes pluvieuses.
   
  Et lorsqu'ils arrivent enfin en classe, ce n'est que le début des galères. Dans une classe en préfabriqué, humide, froide et manquant des outils pédagogiques fondamentaux, donner des cours est loin d'être une partie de plaisir.
   
  L'opération
   
  «Child to child»
   
  « Enfant pour enfant se déroule chaque année. Il consiste à recenser des enfants non scolarisés par des enfants scolarisés.
   
  Il a permis cette année la participation au niveau national des élèves de 7128 écoles et 1538 collèges à des campagnes de sensibilisation afin de les inciter à être scolarisés.

 

Source

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