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L’approche globale des textes écrits, « une méthodologie spécifique »[1]

Les recherches sur les processus de lecture en langue maternelle et en langue étrangère ont abouti vers le milieu des années 70 à une méthodologie qui s’est largement diffusée parmi les professeurs de français. Elle est connue sous le nom d’approche globale des textes écrits  et revient à Moirand et Lehman d’en avoir été les instigateurs. Elle comporte un certain nombre de principes de base que nous exposons brièvement (pour une plus ample information, on consultera Moirand 1979) :

•commencer par une phase d’observation du texte (sa présentation iconique, son support, sa typographie, caractères, italiques, etc.) pour se familiariser avec le texte et tâcher de reconnaître son genre, l’émetteur, le récepteur ;

•pour initier la compréhension, s’appuyer sur des repérages successifs (qui, quoi, quand, où, les articulateurs, les reprises d’un terme ou ses parasynonymes, les contextes, etc.) et essayer de mettre en relation une partie du texte avec une autre ;

•partir du connu et non de l’inconnu en demandant aux élèves-lecteurs de chercher ce qu’ils connaissent afin de réduire par paliers les zones d’opacité ;

•donner des consignes de lecture qui ont un double effet : l’étudiant est actif, il a une tâche à exécuter, il ne s’arrête pas au premier obstacle linguistique et en deuxième lieu, la consigne construit la compréhension en guidant le lecteur (les consignes de lecture dans la perspective de l’approche globale ne sont pas des questions de vérification de la compréhension)

Les différentes stratégies de lecture

On parle de stratégies de lecture pour désigner la manière dont on lit un texte. Il y a donc différentes stratégies qu’un lecteur peut retenir pour aborder un texte :

•Une lecture studieuse 

•Une lecture balayage

•4     La lecture-action

•4     La lecture oralisée

•4     La lecture de loisir et de détente

La lecture studieuse est une lecture attentive pour tirer le maximum d’informations et mémoriser des éléments du texte. Elle se fait souvent avec un crayon à la main pour souligner des passages importants ou bien pour prendre des notes. Il y a des relectures et parfois oralisation du passage à retenir.

Lorsque le lecteur veut seulement prendre connaissance du texte, on parle de lecture balayage. Il s’agit de capter l’essentiel et elle exige de la part du lecteur, des stratégies d’élimination. On parle aussi dans ce cas, de lecture repérage. En effet il s’agit de rechercher des informations précises et ponctuelles. Le lecteur doit avoir une compétence suffisante pour pouvoir éliminer très vite ce qui n’est pas utile. Cette lecture est un comportement que nous avons souvent dans notre vie quotidienne : chercher un lieu sur un plan, chercher un numéro de téléphone, un horaire, etc.

Christine Tagliante[2]  relève aussi la lecture écrémage et la lecture survol. La première consiste à trouver les mots clés significatifs de ce qui est important, intéressant et/ou nouveau. On fait des balayages successifs et on anticipe par des hypothèses sur le contenu à l’aide des titres, intertitres, paragraphes, et typographie. On repère des mots-clés à l’aide des débuts de paragraphes, des mots de liaison et des marqueurs de cohésion, des articulateurs. La vérification des hypothèses se fait par reformulation des mots clés et reconstitution du sens global.

La lecture survol aurait comme but de comprendre l’intérêt global d’un texte long ou d’un ouvrage pour en dégager l’idée directrice, la structure d’ensemble, par exemple lorsqu’on lit pour identifier l’idée directrice par les informations données par la quatrième de couverture, les sommaires, les têtes de chapitres, la préface, l’index, etc.

La lecture-action est celle qui est mise en œuvre lorsque la personne qui lit doit aussi réaliser une action à partir d’un texte qui contient des consignes : une recette de cuisine, un mode d’emploi, etc. C’est une lecture discontinue qui se caractérise par des mouvements de va-et-vient entre le texte et l’objet à faire.

La lecture oralisée consiste à lire un texte à voix haute. Soit le lecteur oralise la totalité des graphèmes, par exemple lorsqu’on lit un conte à un enfant ; soit le lecteur jette simplement un regard de temps à autre sur son texte écrit qui fonctionne comme un aide-mémoire. C’est le cas de l’orateur qui lorsqu’il parle, il jette un coup d’œil sur ce qui suit, il anticipe donc les séquences écrites.

La lecture de loisir et de détente  qui consiste à lire un texte pour se faire plaisir. Il s’agit souvent d’une lecture linéaire poursuivie ou abandonnée d’après l’intérêt du lecteur.

 

Les propositions pédagogiques

Les stratégies dont les étudiants se servent manquent de diversité. Le plus souvent, c’est la lecture studieuse qui est mise en place, une lecture en continu avec arrêts sur les passages incompréhensibles ou sur ce que l’enseignant a demandé de repérer.

On peut développer une lecture sélective lorsqu’on demande aux apprenants de trouver une information précise dans un journal. Ou bien, de faire parcourir des journaux ou des magazines pour dire, à l’issue de cette lecture balayage, quel est l’article qu’ils auraient choisi de lire. 

Il faudrait surtout faire coïncider stratégies de lecture et type de textes. En effet, on ne lit pas de la même manière un programme de spectacles, un manuel d’histoire ou un fait divers.  Les stratégies de lecture dépendent donc d’une part, du texte lui-même et, d’autre part, du projet du lecteur.

On peut vouloir faire le projet de lire pour se distraire ou passer le temps, pour s’informer, pour étudier, pour faire une action, pour raconter une histoire, pour donner une opinion, etc. 

Mais en classe, le projet de lecture est essentiellement académique. On lit pour apprendre à lire en mettant en œuvre une stratégie de lecture studieuse.[3]

L’auteur propose de sensibiliser les apprenants à la diversité des lectures en leur demandant d’essayer de recenser les projets de lecture qu’ils font dans la vie quotidienne pour les associer à une réflexion sur la façon dont ils abordent les différents textes.

Ex. Je choisis des journaux et magazines pour être au courant (projet de lecture) et je fais une lecture balayage, repérage des titres, parfois lectures partielles des articles.

En classe, on aura alors recours à des projets de simulation, ce qui signifie qu’on assigne à la lecture un objectif :

•4     Lisez ces annonces et choisissez une destination pour vos prochaines vacances en groupe.

•4     Lisez la carte du restaurant et choisissez votre menu tout en sachant que vous ne disposez que de 35€

•4     Lisez les informations récemment publiées dans la presse locale et identifiez, en les soulignant,  ses problèmes les plus graves. Ensuite pensez aux possibles solutions pour les problèmes évoqués.

•4     Lisez ces quatre CV. Relevez leurs points forts et faibles et servez-vous de ce relèvement pour rédiger votre propre CV ….

Les étudiants opteront pour des stratégies différentes qui leur paraîtront les plus efficaces : lecture balayage, sélective, studieuse, etc.

Les options d’une approche interactive[4]

L’idée centrale d’une telle approche est de tenter de maintenir tout au long de l’activité de lecture la motivation à lire. Il faut donc obtenir que le sujet lisant ne soit pas passif récepteur d’un sens qui lui échapperait toujours mais, au contraire qu’il coopère avec l’enseignant et avec les autres apprenants pour construire un sens.

Dans un modèle interactif de lecture, on considère que la compréhension s’établit lorsqu’il y a jonction entre la reconnaissance d’éléments du code (modèle base-sommet dans lequel la reconnaissance des items lexicaux et syntaxiques permet au lecteur de saisir le sens) et la projection des connaissances du lecteur sur le texte (modèle sommet-base selon lequel le lecteur par son expérience, sa connaissance du monde peut faire des hypothèses sur le sens). Dans cette perspective, les activités pédagogiques de lecture sont orientées vers ce qui favorise une meilleure anticipation du sens, la mise sur pied d’hypothèses, l’activation de connaissances déjà acquises.

Compte tenu de ces éléments, on s’efforce, en classe, de mobiliser les connaissances du futur lecteur à propos de ce qu’il va lire, on lui demande ce que le titre évoque pour lui, s’il a déjà rencontré de telles expériences, afin qu’il puisse se produire une interaction entre sa connaissance du monde et ce qu’il trouve ultérieurement comme informations dans le texte. Dans la perspective interactive, on tente de réduire ce que Gaonac’h décrit comme « une paralysie du sujet » qui ne parvient plus à faire la jonction entre ce qu’il lit et ce qu’il connaît déjà.

Ce que l’on veut, c’est favoriser l’intégration des connaissances. Le déchiffrage des unités de rang inférieur, appréhendées les unes après les autres ne favorise pas l’accès au sens car il y a surcharge de la mémoire. Ce sont les éléments sémantiques qui sont envoyées en mémoire et non du matériel verbal.

Si on voulait illustrer la technique interactive par son contraire, on dirait qu’il s’agit d’une lecture diamétralement opposée au déchiffrage dans lequel le lecteur attend tout du texte, s’arrête sur les éléments inconnus, voit sa mémoire rapidement saturée et se décourage. Cela parce qu’il est alors le récepteur passif d’un texte qui le désoriente par le nombre trop grand d’inconnues qu’il comporte.

On voudrait donner à l’enseignant les moyens de construire un cours de compréhension écrite tenant compte des possibilités que possède l’apprenant-lecteur de lire activement et efficacement son texte.


[1] Francine Cicurel, lectures interactives, page 15, Hachette 1991.

[2] La classe de Langue, CLE Internationale, Paris 1994, pp 126 127

[3] F. Cicurel. Op.cit, p 18

[4] D’après Francine Cicurel, op.cit.

Tag(s) : #Approche par compétences

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