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Qu’est-ce qu’être motivé ?

http://www.asso-desamislesrochers.fr/images/enfants.jpgEtre motivé, c’est éprouver un sentiment qui stimule et pousse à aller vers un apprentissage parce qu’il apparaît comme bon, désirable, agréable, de nature à satisfaire les besoins de l’individu. La motivation n’est pas uniquement liée à l’objet de l’apprentissage (i.e. le contenu de l’apprentissage ou la matière enseignée) mais aussi aux conditions au sein desquelles se déroule l’apprentissage et (aux) perceptions que l’élève a de l’activité pédagogique qui lui est proposée. L’un des rôles fondamentaux de l’enseignant est de savoir créer ces conditions de façon à susciter la motivation des apprenants. La motivation dépend principalement de la qualité de la relation qu’entretient l’enseignant avec ses enseignés.   

 Qu’est-ce qui motive l’apprenant ? 

On voit bien donc que la motivation a un lien direct avec la satisfaction des besoins de l’individu. Un apprentissage ne peut faire naître chez l’élève de la motivation que s’il a un rapport avec la vie pratique, que s’il satisfait aux besoins de l’individu.

Ces besoins sont répartis par Maslow dans sa Pyramide des besoins (voir schéma ci-dessous) en deux catégories : les besoins d’Adam qui regroupent les besoins physiologiques, les besoins de sécurité ; et les besoins d’Abraham qui rassemblent les besoins sociaux, les besoins d’estime, les besoins de réalisation de soi. Seuls les besoins d’Abraham peuvent susciter une motivation durable.

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En plus de la satisfaction des besoins qui devrait caractériser tout acte d’enseignement/apprentissage, plusieurs autres facteurs peuvent faire naître la motivation chez l’apprenant. Citons-en les principaux :

-La mimésis acquisitive : L’enfant commence son apprentissage de la vie par l’imitation des adultes. Non seulement il tente de reproduire les gestes et l’attitude des adultes mais il va jusqu’à aimer ce que les adultes aiment. Selon les psychologues, l’enfant est un « être de manque », il est dans l’illusion de la plénitude de l’Autre, il cherche sa propre identité dans l’identification à l’Autre. Il l’imite pour s’approprier son être. C’est un phénomène que René Girard nomme « mimésis acquisitive » et qui explique que nos désirs, désir de savoir compris, sont eux-mêmes empruntés. C’est d’abord dans la famille que l’enfant acquiert ce désir d’apprendre selon que ses parents et ses frères et sœurs adultes le perçoivent. Pour preuve, on parle de famille de musiciens, d’écrivains, d’intellectuels, etc. ce qui explique la « contagiosité » ou la transmissibilité du désir de savoir. L’enfant n’imite pas l’activité du parent mais bien son désir. Exemple, un père qui exerce un métier avec amour peut bien transmettre ce désir à sa progéniture.

La théorie de l’attente : Selon cette théorie psychologique de Porter et Lawler, pour s’engager dans une action, l’individu passe par trois phases :

     Phase expectative : L’individu se demande s’il dispose d’assez de capacités pour réaliser l’action demandée et obtenir le résultat fixé.

     Phase d’instrumentalité : L’individu veut être certain qu’il y a une contrepartie (ne serait-ce que l’absence de punition) s’il réalise l’action demandée.

         Phase valence : L’individu se demande si l’enjeu présente un intérêt ou une réelle valeur.    

C’est tout le processus motivationnel qui dépend des réponses que l’on apporte à ces questionnements.   

 

 Qu’est-ce qui démotive l’apprenant ?

Les attentes portées sur les élèves constituent des aprioris quant aux possibilités mentales ou aux caractéristiques des élèves mais les enseignants s’y accrochent comme on s’accroche à tout stéréotype d’ailleurs. Ces attentes deviennent alors des prophéties autoréalisantes. C’est une sorte de boucles comportementales autoréalisantes ou, si j’ose dire, de cercles vicieux de l’effet pygmalion. Tout le monde connaît l’histoire de Pygmalion, ce roi légendaire de la mythologie grecque. Il était roi de Chypre. Sculpteur à ses heures, il tailla dans la pierre la statue d’une femme superbe et finit par en tomber amoureux. Il demanda donc à Aphrodite (la déesse de la beauté et de l’amour) de donner vie à la statue, ce qu’elle fit. Ensuite, il épousa sa propre sculpture devenue femme.

L’élève que symbolise cette statue est ce qu’en fait l’enseignant. C’est ce que Rosenthal et Jacobson ont démontré à travers leur fameuse expérience consistant à démontrer que les attentes que l’on porte vis-à-vis d’un élève se réalisent d’une manière presque automatique.  

Par exemple, un enseignant qui préjuge de la faiblesse d’un élève, cela le conduirait à adopter une attitude négative vis-à-vis de cet élève. Il ne le traite pas comme les autres, il ne l’encourage pas. Ce manque d’encouragement entraine chez l’apprenant une absence de motivation, ce qui augmente ses lacunes d’apprentissage. C’est alors que l’enfant met en place des stratégies d’évitement et adopte la politique du moindre effort ou pas d’effort du tout. Il confirme sa croyance qu’il est un élève faible et qu’il n’y peut rien parce qu’il n’est pas aussi intelligent que ceux qui ont réussi. Et l’enseignant est conforté dans ses aprioris négatifs. Même les parents qui ont contribué aussi à démotiver leur enfant finissent par croire eux aussi que leur enfant est « naturellement » peu doué pour apprendre. C’est une sorte de cercle vicieux qui se met en place (voir schéma ci-dessous).

Motivation

Même l’élève intelligent peut être victime de ces aprioris négatifs et l’élève moins intelligent peut bien réussir si les attentes de l’enseignant vis-à-vis de celui-ci sont positives. Ces stéréotypes sont, comme leur nom l’indique, fondés sur des critères subjectifs comme la tenue vestimentaire, l’endroit où s’assoit l’élève, son milieu, etc.  

La preuve, nul n’est sans savoir que bien des personnes intelligentes ont quitté l’école très tôt. Tout compte fait, je pense qu’être intelligent ne suffit pas et ne pas l’être n’est pas une tare.  

 

Comment motiver l’apprenant ?

En abordant ce sous-titre, le conférencier déclare qu’il n’y a pas de plus nuisible chez l’enseignant que la recherche de « solutions-recettes ». Les réalités de classe sont différentes, c’est à l’enseignant de mettre en place des méthodes d’enseignement en se basant sur les théories déjà élaborées par les chercheurs. L’enseignant est par essence un chercheur, dit-il, et dès qu’il cesse de l’être, il tombe dans le piège de l’amateurisme. En voici quelques principes exposés par le conférencier et qui peuvent guider l’enseignant dans son travail de recherche de méthodes adéquates pour sa classe :      

      *L’effet Pygmalion : Je pense donc tu es : L’élève est ce qu’en fait l’enseignant. Comme on l’a expliqué plus haut, les attentes que porte l’enseignant vis-à-vis d’un enfant deviennent des prophéties autoréalisantes. Pratiquement, pour que l’effet pygmalion ait une incidence positive sur le rendement de l’enfant, l’enseignant doit entre autres :

  -lui exprimer sa confiance en ses capacités de réussir ;

 éviter de lui faire des remarques désobligeantes surtout devant les autres élèves ;

  -lui accorder autant d’attention qu’aux élèves forts ;

  -éviter d’exprimer de la pitié devant sa difficulté ou son échec ;

  -éviter de tomber dans le piège de l’effet de halo ;

  -inculquer l’estime de soi…


*Susciter la propension au savoir : un des rôles de l’enseignant est de susciter chez l’apprenant la propension au savoir et de la satisfaire. La relation didactique qui le lie à la matière et la relation d’enseignement qui le lie à ses élèves doivent être construites de telle sorte à favoriser la relation d’apprentissage qui lie l’élève à la matière. Les pédagogies nouvelles mettent l’élève au centre de toute activité pédagogique ; il doit construire lui-même ses savoirs en fonction de ses besoins… Pour qu’une activité pédagogique ait la chance d’atteindre ses objectifs, l’enseignant doit au préalable répondre à la question que se pose l’élève : « qu’est-ce cela m’apporte ? ».   

    *Instaurer une relation pédagogique favorisant l’enfant : L’enseignant doit faire preuve d’empathie à l’égard des enfants et établir une relation éducative favorisant leur épanouissement personnelle. En plus d’aimer sa matière, l’enseignant doit apprendre à aimer ses élèves, sans distinction entre les « bons » et les « mauvais » et leur donner la chance de réussir de façon équitable. L’expérience a prouvé que l’affection permet à l’enfant de développer ses capacités d’apprentissages et ses facultés mentales. De plus, comme dit Jacques Brel : « Alors sans avoir rien que la force d’aimer, on aura dans nos mains, amis, le monde entier ! »

Conclusion

L’époque où l’enfant apprend sous la contrainte a bel et bien connu son épilogue. De nos jours, l’enfant prend conscience de ses droits et ses libertés. Le châtiment corporel doit être à jamais banni de la pratique scolaire. Le rôle de l’enseignant devient alors plus excitant et requiert des compétences beaucoup plus accrues.

Cette conférence m’a appris que la motivation joue un rôle primordial dans la relation pédagogique et dans toute activité d’enseignement/apprentissage. Certes nul ne peut nier l’influence de la famille et de la société mais l’enseignant a bien une grande marge de manœuvre pour améliorer la qualité de ses méthodes pédagogiques grâce aux théories et aux multiples solutions que la recherche en psychopédagogie et didactique met à sa disposition pour mener à bien ses activités. Mais, l’aspect humain de la relation pédagogique doit être privilégié car la relation enseignant-enseignés est avant tout une relation humaine…

     Par Karim Kherbouche

Mots-clés

Effet Rosenthal, effet œdipien de la prédiction, effet de l'anticipation de l'expérimentateur, prophétie auto-réalisatrice (self-fulfilling prophecy), processus motivationnel, motivation, effet Pygmalion, effet de halo, prophétie auto-réalisatrice, feedback pygmalion, boucles comportementales auto-réalisantes, estime de soi, besoins d’Adam, besoins d’Abraham, l’effet de halo.


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Pyramide des besoins de Maslow, article Wikipedia.

Adam, premier homme chassé du paradis terrestre et astreint de travailler pour survivre.

Abraham, premier homme qui a quitté son confort pour poursuivre un idéal spirituel.

Jacques Brel, Quand on n’a que l’amour (chanson).

Tag(s) : #Psychologie