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La francophonie

 

Le mot semble avoir été inventé par le géographe Onésime Reclus (1837- 1916), frère du célèbre géographe Élisée Reclus. À cette époque, le monde était divisé en états ou en colonies et les hommes en citoyens ou en sujets administrés. Ce qui  l’amena à créer le terme : francophonie, qui désigne l’ensemble des populations parlant le français. Le sens premier du terme était né : la francophonie recouvrait ,à la fois une idée linguistique et une relation géographique loin des critères habituels de l’ethnie, de la race, de l’état d’avancement social ou économique. Avant d’être ainsi officialisé par les dictionnaires et les encyclopédies, le mot avait été employé et diffusé par les hommes politiques, par les intellectuels, et par les journalistes. L’idée que des relations privilégiées devaient avoir exister entre individu parlant la même langue faisait son chemin.

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L’Afrique du Nord aurait pu devenir la zone privilégiée du bilinguisme du fait des liens historiques entre elle et la France. En effet , près de deux millions d’européens s’étaient installés dans cette région. Mais les relations ont été inégales, du moins différentes, suivant les pays tout dans leur style que dans leur durée. La présence française dura 132 ans en Algérie, qui était considérée comme une colonie française à part entière, la présence en Tunisie dura 75 ans et au Maroc 46 ans, ils étaient considérés comme des protectorats.

La décolonisation en Algérie, s’est accompagnée d’un retour à l’arabisme qui pourtant n’a jamais compromis l’usage du français, même si celui-ci a perdu son statut de langue officielle.

Il faut d’ailleurs souligner que l’opinion populaire, opposée parfois à celle des hommes politique, est favorable  à l’enseignement du français qui est considéré comme langue de promotion sociale et d’ouverture au monde européen.

Il faut signaler aussi que cette idée d’arabisation n’est pas née la veille de l’indépendance, car en 1936 le cheikh réformiste Ben Badis ripostera au courant algérien d’assimiliationniste :

« L’Algérie est ma patrie, l’islam est ma religion , l’arabe est ma langue.».

Des milliers de coopérants tunisiens, égyptiens, et irakiens étaient aussitôt diligentés pour y arabiser l’enseignement afin d’ancrer le pays dans l’univers arabo-musulman et de rendre à la langue du Coran le prestige qui était le sien avant la conquête française, une ambition historiquement logique et légitime.

Aujourd’hui, après 40ans de souveraineté, l’Algérie scolarise la quasi-totalité de ses enfants, possède 25 villes universitaires, entretient des dizaines d’instituts technologiques fréquentés par plus de 100.000 étudiants.

Un bilan du niveau de l’arabisme et, corrélativement du statut de la langue française peut être dressé.

La problématique :Coexistence de la fibre arabe et de la greffe française, n’aura fait que s’envenimer, sans que l’une ne parvienne à réduire l’autre. Au contraire, la langue arabe s’enracine, et le français se propage. Revenons en arrière, afin de suivre comment le français  a pu coexister avec l’arabe, et garder une place importante en Algérie.

L ’Algérie, partie intégrante du territoire français, le français langue officielle, et l’arabe était humiliée. Après l’indépendance, l’Algérie professe officiellement une idéologie socialiste et milite dans le camp des africains révolutionnaires et le retour à l’arabisme.

Mais les données géographiques subsistent.

La France reste au-delà de la méditerranée, la grande voisine, celle aussi dont l’économie peut le mieux absorber un excédent de travailleurs algériens familiarisés avec la langue française.

En 1967, le ministre de l’éducation M. Ahmed Taleb, tout en se défendant de vouloir supprimer toute influence de la langue française et en lui reconnaissant un outil scientifique et technique à l’échelle universelle, proclamait son intention d’établir des rapports nouveaux entre une langue nationale et une langue étrangère. Le français est obligatoire dans l’enseignement primaire, et à partir de la troisième année, de quinze à vingt heures par semaine, sans oublier les 150 écoles catholiques, qui à elles seules scolarisent en français quelque 43000 élèves, il sert de véhicule à l’enseignement secondaire, sauf pour l’instruction civique, l’histoire en sixième, et bien entendu l’étude de l’arabe, il en va de même dans le supérieur, sauf à la faculté des Lettres pour les étudiants qui ne savaient que l’arabe, mais toutefois sont tenus à suivre des cours de français.

La France, en 1968 envoyait 8753 enseignants en Algérie, 2810 missions de coopération technique, et il y avait près de 16000 professeurs algériens de français ; c’est l’osmose qui n’a pas pu être réalisée au temps de l’Algérie française. Le français a pris  la place d’une seconde langue nécessaire au développement du pays, et qui n’est plus nuisible au développement de l’arabe, dont la maîtrise est devenue obligatoire pour obtenir un emploi public.

En 1980, arrive l’école fondamentale, 7% environ des enfants sont scolarisés, le français est enseigné à partir de la quatrième année comme langue instrumentale, pour une ouverture sur le monde et les besoins de la recherche scientifique. A l’université, le français est étudié dans l’institut des langues vivantes étrangères, mais il reste l’instrument essentiel pour les sciences techniques, ce qui explique que l’élite parle un français correct ou même châtié. Le français en Algérie est assez largement compris, du fait de la scolarisation, de l’immigration importante en France et de l’influence des médias, mais en général, malgré l’augmentation des effectifs scolaires, la qualité du français est en baisse, il s’agit souvent du parler français chez les couches populaires dont les langues courantes sont l’arabe algérien qui emprunte beaucoup de mots du français avec une modification phonétique, et les parlers berbères (Kabylie et Aurès). Un bilinguisme non doctrinal admis temporairement, dit-on, en attendant l’extension de l’arabisation. 

Le français dans les médias algériens

L’Algérie est l’un des pays où le français est le plus propagé, et malgré cela, l’Algérie refuse d’adhérer au mouvement de la francophonie en avançant que l’arabe aussi a une vocation mondiale et parce que le terme même est impopulaire.

Selon les hommes politiques algériens, ce mouvement est compris comme renvoyant à des tendances néo-coloniales. Mais la réalité est autre, on y imprime plus de journaux dans la langue de Camus qu’aux meilleures heures de l’Algérie  française, il faut signaler que la seule ville d’Alger (la capitale) possède plus de six quotidiens francophones d’information politique : El-Moujahid, Alger-républicain, Liberté, Alger-soir, Le Matin, El-watan, et tous ces journaux bénéficient d’une grande fidélité de la part des lecteurs algériens et présentent une vraie menace pour les journaux arabophones.

D’autre part, la chaîne III de la radio émet en français et la télévision algérienne d’état projette presque chaque soir des films en français et même des débats en langue française, sans oublier le phénomène de la parabole qui  a accentué l’intérêt des algériens pour le français. Il y a d’autres domaines où on parle plutôt d’arabisation. C’est le nom des rues car partout en Algérie, et surtout dans les grandes villes, les grandes rues et les grands boulevards (même si l’état leur a donné un autre nom arabe) , restent connus parmi les individus de la population par le nom français : exemple : Saint-Jean, Saint Cloud, Gambetta, le Square, la Corniche, la Place Polygone. Sur les enseignes des magasins on trouve par exemple : cafétéria, boulangerie, imprimerie, papéterie, vente en gros, coiffeur. En fait, l’abandon du français n’est pas pour aujourd’hui.

 Le français dans le quotidien des algériens 

En Algérie, on parle plutôt algérien pour désigner la langue parlée au quotidien, c’est un croisement de trois langues : l’arabe, le français et le kabyle. Une particularité algérienne parmi les pays arabes.

L’Algérien emprunte beaucoup de mots français, ces mots sont utilisés avec parfois un léger changement phonétique soit pour les adapter à la phonétique arabe ou bien parce qu’ils étaient empruntés dans un temps où la plus part des algériens était illettrés. Parmi ces mots nous avons les plus fréquents comme par exemple :Comment ça va ?  se dit : weche / ça va ? La première partie (weche) veut dire : alors, ou comment, et la deuxième partie : Ça va. Cette expression est très utilisée même parmi ceux qui sont très peu familiarisés avec le français.

D’autres mots sont très fréquents dans le parler algérien avec un changement graphique au début des mots, car le déterminant : le ou la deviennent : el ( qui vient de l’arabe). Exemple : El-Moto  (la moto), El-Batiment (le bâtiment), El Cinéma (le cinéma), El-Cartable (le cartable), El-match (le match), El-Machina (la machine), El tabla ( la table) , El-marché (le marché). Et il y a d’autres mots qui gardent correctement la phonétique et la graphique : exemple : la gare, les cours, le train, la rue, la chemise, le restaurant, le bus, l’école, journal, taxi…

Ces mots qui témoignent de l’influence du français sur le parler algérien sont enracinés dans le dialogue des algériens. Même si l’arabe contient la traduction de ces mots, on continue toujours a utiliser les mots français, c’est devenu une habitude enracinée dans le quotidien des algériens, au point que si on utilise le mot en arabe pour désigner le mot « taxi » , on pensera l’une des deux choses ou bien l’interlocuteur est entrain  d’ironiser, ou bien il montre ses capacités en langue arabe.

Le français en Algérie, nous amène à parler de son influence aussi sur le kabyle, car la kabylie est une grande région de l’est algérien (la grande minorité en Algérie, environ 7 millions de personnes). Le kabyle s’est enrichi au contact de plusieurs langues, notamment de l’arabe, pour ce qui relève de la religion, et du français. Pour cette dernière, son impact est dû à une politique volontariste des autorités coloniales, mais aussi à une immigration massive des kabyles en France, depuis un siècle. A signaler, enfin, au même titre que les algériens arabophones, les kabyles ont un contact régulier avec le français à travers des chaînes de télévision française, attachement « d’ordre culturel et politique » des kabyles aux français.

Les emprunts faits du français peuvent être catégorisés : ceux qui ont subi une adaptation phonétique, voir graphique, et s’intègrent au point de ne garder de leur langue d’origine que quelques liens : Exemple le mot « el fouchi » est l’adaptation du mot « fusil », et ceux qui sont restés comme un emprunt intégral ou pur d’ailleurs comme pour l’arabe, il s’agit pour la plupart d’emprunt récent introduit par les scientifiques maîtrisant la langue française exemple : internet, ordinateur, computer, microphone.

On peut catégoriser les emprunts par famille :
Terminologie militaire : Elbomba (la bombe), elguerra (la guerre), arratissage (ratissage),
Thagamilth (la gamelle), lanterie (l’artillerie), thacopterthe (hélicoptère).
Commodité domestique : thacassrount (la casserole), elgaz (gaz), atagère (étagère), apaillesse (paillasse).
Le sport : Elbasket (basket), Elhand (hand-ball).
Infrastructure: alkoule (école), bastade (stade), lamérie (mairie), lautoroute (autoroute), laroport (aéroport), ajardin (jardin), et dans beaucoup d’autres domaines.

Enfin, les liens qui unissent les algériens et la langue française est une longue histoire, car à travers elle, ils ont exprimé leur malaise et leur joie, elle est une fenêtre ouverte sur l’universalité et ils ont pu le réconcillier avec la langue maternelle en créant un univers de coexistence entre les deux langues.

DJAOUD MALIKA

 

Tag(s) : #Francophonie

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