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Patrick-Demougin-president-CDIUFM.jpgLa Conférence des direc­teurs d'IUFM (CDIUFM) a sou­mis ce ven­dredi 21 sep­tembre une nou­velle contri­bu­tion à la concer­ta­tion pour la refon­da­tion de l'école publique, lar­ge­ment consa­crée aux spé­ci­fi­ci­tés de la for­ma­tion ini­tiale des ensei­gnants et aux futures Ecoles supé­rieures du pro­fes­so­rat et de l'éducation (ÉSPÉ). Entretien avec Patrick Demougin, pré­sident de la CDIUFM.

Le ministre de l'Education natio­nale Vincent Peillon sou­haite mettre en place dès la ren­trée 2013 des Ecoles supé­rieures du pro­fes­so­rat et de l'éducation (ÉSPÉ). N'est-ce pas un désa­veu du tra­vail mené jusque-là dans les IUFM ? 

Cela n'a jamais été un désa­veu de notre résul­tat, et Vincent Peillon a tou­jours été clair sur ce point, y com­pris lors de dis­cus­sions que nous avons eues avec lui avant l'élection pré­si­den­tielle. Mais nous pou­vons recon­naître que les choses étaient per­fec­tibles, qu'il y a eu des erreurs. Créer ces écoles veut dire récu­pé­rer l'intégralité du poten­tiel des IUFM, notre exper­tise dans le domaine de la for­ma­tion, tout en cor­ri­geant des erreurs struc­tu­relles qui ont pu peser sur notre travail.

Quelles sont vos ambi­tions pour les ÉSPÉ ?

C'est l'occasion d'une refon­da­tion, comme l'affirme le ministre, qui ne doit sur­tout pas se limi­ter à une adap­ta­tion. Je pense qu'il faut créer quelque chose de réso­lu­ment nou­veau, avec des mis­sions nou­velles, et un nou­veau posi­tion­ne­ment. Il faut créer des écoles qui ne soient ni des IUFM trans­for­mées, ni des auxi­liaires pro­fes­sion­na­li­sants des UFR : l'ÉSPÉ doit être une com­po­sante uni­ver­si­taire à part entière. Outre le fait qu'elle délivre des mas­ters, elle doit s'occuper de la for­ma­tion pro­fes­sion­na­li­sante en licence et de la for­ma­tion conti­nue. Elle doit pro­mou­voir la recherche en éduca­tion, et ne pas être repliée sur elle-même.

Ces écoles doivent être construites en asso­ciant tous les acteurs qui contri­buent à la for­ma­tion des ensei­gnants : les UFR et les IUFM bien évidem­ment, mais aussi les ensei­gnants qui tra­vaillent sur le ter­rain, les corps d'inspection, les asso­cia­tions péda­go­giques telles celles réunies au sein du Collectif des asso­cia­tions par­te­naires de l'école publique (CAPE)...

La ren­trée 2013 vous semble-t-elle une échéance réa­liste pour mettre en place ces écoles ?

Cela dépend de nom­breux fac­teurs, mais c'est tenable en soi. Ces écoles peuvent démar­rer sur les bases exis­tantes, les struc­tures et les liens mis en place par les IUFM et les UFR, pour ensuite s'enrichir et se réno­ver pro­gres­si­ve­ment. Le gou­ver­ne­ment doit sur­tout tran­cher sur la place du concours, qui peut être source de dif­fi­cul­tés selon la place qu'on lui donnera. 

Dans votre pré­cé­dente contri­bu­tion à la concer­ta­tion, vous insis­tez sur l'importance de créer une ÉSPÉ par aca­dé­mie. Une seule ?

La Conférence des pré­si­dents d'université (CPU) par­tage cette posi­tion. Proposer un seul inter­lo­cu­teur par aca­dé­mie est essen­tiel pour avoir une cohé­rence dans la poli­tique qui va lier l'université et l'« employeur », l'Education natio­nale. S'il y avait des écoles dans plu­sieurs uni­ver­si­tés, cela obli­ge­rait le minis­tère à tra­vailler avec dif­fé­rents par­te­naires locaux, dans une situa­tion de concur­rence inef­fi­cace qui ne ferait que dis­per­ser des moyens. Cela répond aussi à une demande de ratio­na­li­sa­tion : pro­po­ser une seule inter­face amé­liore la lisi­bi­lité de notre for­ma­tion, et les étudiants sau­ront à qui s'adresser.

Bien sûr, toutes les aca­dé­mies n'ont pas les mêmes tailles, et tous les sites uni­ver­si­taires n'ont pas les mêmes modes de fonc­tion­ne­ment. A Besançon par exemple, il y a une uni­ver­sité, la situa­tion est claire. Dans le Languedoc-Roussillon, il y en a cinq : l'école devra donc avoir une dimen­sion inter­uni­ver­si­taire beau­coup plus mar­quée. Les pro­blèmes ne vont pas non plus se poser de la même façon dans les aca­dé­mies de Corse et de Paris... Il fau­dra adap­ter de manière nuan­cée le mode de fonc­tion­ne­ment des ÉSPÉ.

 

Le ministre sou­haite que se côtoient dans les ÉSPÉ des ensei­gnants de tous niveaux, de la mater­nelle à l'université. Pour vous, cela est-il souhaitable ?

Le ministre a dit qu'il fal­lait un « moment de for­ma­tion com­mun », c'est une ques­tion impor­tante mais il ne faut pas faire un mythe de la culture com­mune des ensei­gnants. Il y aura for­cé­ment des temps com­muns de for­ma­tion : sur la liai­son CM2-6ème, ou sur l'autorité et la sécu­rité par exemple.

Ce qu'il faut sur­tout, c'est un modèle com­mun de for­ma­tion, pour ensuite adap­ter la for­ma­tion en fonc­tion des métiers. La nature des métiers entre le pre­mier et le second degré est certes dif­fé­rente, et le ministre en est le pre­mier conscient. Même dans le pre­mier degré, le métier n'est pas le même entre école mater­nelle et pri­maire. Et les situa­tions influent égale­ment : entre une 6ème de ZEP et un lycée de centre-ville, ce n'est pas la même vision de la profession. 

Quelle est votre posi­tion sur la place du concours de recru­te­ment dans la formation ?

Nous pro­po­sons un concours en fin de M2, car il cau­se­rait moins de pro­blèmes qu'en fin de M1. Cela évite­rait un cli­vage entre une pre­mière année de pré­pa­ra­tion au concours et une deuxième année de pro­fes­sion­na­li­sa­tion, soit une for­ma­tion de type « consé­cu­tif », au demeu­rant de moins en moins répan­due en Europe. Si l'on sou­haite que ce mas­ter se fasse de plus en plus en alter­nance, avec 50% de ter­rain et 50% de for­ma­tion en ÉSPÉ, les étudiants auraient de grosses dif­fi­cul­tés à rédi­ger leur mémoire, et le M2 n'aurait donc pas les carac­té­ris­tiques uni­ver­si­taires qu'on attend d'un tel diplôme. Nous sou­hai­tons une for­ma­tion « inté­grée », avec une part de pra­tique pro­fes­sion­nelle de plus en plus forte. Par ailleurs, si le concours est déplacé, les acteurs seront obli­gés de repen­ser le processus. 

Pensez-vous que la concer­ta­tion répon­dra à toutes vos attentes ?

Au-delà de la concer­ta­tion, il faut que l'ensemble des acteurs se tourne posi­ti­ve­ment et de manière construc­tive vers ces écoles du pro­fes­so­rat. Dans ce contexte posi­tif, il fau­dra mobi­li­ser toutes les forces dis­po­nibles : réa­li­ser de nou­velles maquettes de for­ma­tion, mettre en place de nou­veaux dis­po­si­tifs... Le tra­vail ne man­quera pas.

Mais il faut main­te­nant pen­ser les conte­nus et la pro­gres­si­vité de la for­ma­tion. Cela doit être men­tionné de la façon le plus pré­cise dans la loi d'orientation, sans lais­ser trop d'incertitude ou de marge d'adaptation locale. Je serai intran­si­geant sur le fait que le sta­tut des écoles supé­rieures doit être ins­crit dans la loi d'orientation et for­te­ment sou­tenu par elle, que les ques­tions de concours soient clai­re­ment posées, et que soit annexé à la loi le cahier des charges de la formation. 

SOURCE: Quentin Duverger

Tag(s) : #Education et formation

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