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creche2Malgré les bouleversements que vit notre société depuis ces dernières années, notre école, comme si de rien n’était, continue toujours inébranlable, à fonctionner selon un modèle archaïque : elle s’acharne à tenir nos enfants à l’écart du monde. Elle croit détenir toujours le monopole du savoir et de l’apprentissage. Tout ce qui se passe ailleurs, tout ce qu’on acquiert ailleurs, depuis les expériences vécues dans la rue jusqu’aux connaissances diffusées par les médias modernes: Télévisions, vidéo et maintenant Internet est jugé indigne de contribuer à l’enseignement, hormis peut être l’espace concédé à l’apprentissage des langues étrangères, notamment le Français, lequel a essayé et essaye d’inscrire l’acte pédagogique, par ses contenus, ses approches et ses référents toujours renouvelés à un environnement authentique, pluriel et dynamique. Cette tentative est restée, hélas, sans grand impact dans la mesure où cet apport  « moderne et moderniste » a été perçu comme suspect et du coup, on a tout fait pour le neutraliser voir le marginaliser. Pendant que la  langue officielle du pays (l’Arabe classique) s’enseigne par des méthodes complètement inadéquates et des contenus inactuels. Pire, nos Langues Nationales (l’Arabe dialectale et le Tamazight) qui constituent le substrat culturel de notre Algériannité  sont reniées avec mépris…

En effet, notre  système éducatif affiche la plus étrange et la plus paradoxale des prétentions: Préparer au monde en coupant du monde. Il pratique une détention anachronique avec toutes les connotations que contient ce terme : tristesse, ennui, inadaptation, médiocrité, agressivité, échec scolaire... inévitables dès que l’école sépare l’apprentissage de la réalité, dès que le système fonctionne en vase clos, pour lui-même et de surcroît avec des moyens et des méthodes désuètes.

Notre école se complaît dans son rhétorisme stérile et sa vacuité déconcertante.

Aussi est-il urgent d’en modifier fondamentalement le fonctionnement. Il faut obligatoirement commencer par redéfinir ses finalités et revoir ses stratégies ainsi que ses modalités, si on ne veut pas continuer à faire du gardiennage ou dans les meilleures conditions «  former » d’inutiles rhéteurs névrosés et des bricoleurs du vendredi incultes.

Il est possible de faire autrement, mais à condition d’avoir le courage d’admettre sérieusement que l’Institution Educative est aussi stratégique, sinon davantage que l’Institution Militaire.

Il serait alors temps de lui donner tous les moyens nécessaires et adéquats pour relever les défis des siècles à venir et ce particulièrement en matière de communication et de la recherche scientifique et technique.

Certes, notre école a réussi, dans une grande mesure, «  le démocratisation », plutôt la massification de l’enseignement ; mais, aujourd’hui, elle est contrainte de remporter  la bataille de la personnalisation : c’est-à-dire renoncer à travailler  à la périphérie des apprentissages, mais d’aller au cœur des problèmes que pose l’action pédagogique moderne.

Une Pédagogie Personnalisée consiste à percevoir, dorénavant, l’apprenant comme un Individu au centre du système avec qui nous devrons construire des itinéraires de réussite et non plus d’échec. Nos élèves sont, aujourd’hui, très loin du niveau des examens qu’ils devront passer à la fin de leurs cursus et encore plus loin de pouvoir s’intégrer harmonieusement dans une société de plus en plus complexe.

 

Mais on ne peut réussir ce projet et donner, par conséquent, un sens à notre école :

-sans transformer l’école en un espace d’expression libre où apprenants, enseignants, gestionnaires et parents d’élèves se sentent impliqués, sans exclusion aucune, au projet d’une école franchement algérienne et républicaine éduquant à la citoyenneté, à la liberté, au civisme et  à la tolérance …

-sans valoriser le statut des enseignants en augmentant  surtout leur salaire, leur redonnant une dignité,

-sans doter l’école d’outils didactiques modernes,

-sans promouvoir une véritable politique de la formation continue au profit des enseignants et  des administrateurs aux nouvelles  approches d’enseignements et de gestion,                                                                                                                           

-sans augmenter  les divisions pédagogiques en construisant d’autres établissements et allégeant ainsi les effectifs de nos classes….

 

Sinon, tout débat sur la performance et le devenir de notre système éducatif demeurera purement démagogique … du bavardage de salon, car la situation est alarmante pour ne pas dire gravissime  voire tragique. Toute la société est interpellée  pour contribuer à prendre des décisions politiques  courageuses afin d’assainir et restaurer notre école « sinistrée ».

Elle est devenue fascisante et on n’a rien vu  venir …

                                                                                                    M. DJOUDI. P.E.S.  F.L.E. au Lycée R . Rédha LACHOURI.BISKRA

Article paru dans le quotidien La Nouvelle République du 15 mars 1998.

 

Tag(s) : #Approche par compétences

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