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classeL'écrasante majorité des enseignants de français établissent un constat alarmant de  la situation de l’enseignement/apprentissage du français en Algérie. C’est en tout cas ce qu’on peut déduire des interventions des uns et des autres lors de nos regroupements pédagogiques. La réalité du terrain le prouve aussi. En effet, nous assistons aujourd’hui à une indigence et à des incorrections qui ne touchent pas uniquement les apprenants de l’enseignement général mais aussi les étudiants de lettres et de science. Cette baisse de « niveau » concerne les compétences des apprenants aussi bien à l’oral qu’à l’écrit.

1.    L’instituteur francophone, le bouc émissaire
L’enseignant de langue française au primaire est désigné du doigt par tout le monde : les parents, les enseignants des paliers supérieurs, les chefs d’établissements…
L’année dernière, suite aux résultats catastrophiques des élèves en langue française à l’examen de fin de cycle primaire , le préfet de Béjaia, a convoqué en urgence les inspecteurs de langue française du département pour leur demander des explications. Les inspecteurs ont chacun tenté de justifier cet échec par les entraves auxquelles sont confrontés les enseignants du FLE sur le terrrain. Suite à quoi, le préfet a eu cette lancinante réplique : Ecoutez, messieurs, leur a-t-il dit, même si je mets un groupe d’enfants dans un garage, je mets à leur disposition des ouvrages, sans ensignant, ils pourraient obtenir de meilleurs résultats ! ». Bien sûr, ces propos sont blessants et au lieu de transmettre à qui de droit les remarques de ses hôtes, pour améliorer la situation de l’enseignement du français, lui, il a préféré humilier encore une fois les enseignants de cette langue que l’idéologie du pouvoir a relégué à un rôle secondaire. 
Pour les enseignants, chacun rejette la responsabilité des déficiences sur l’ordre de l’enseignement antérieur. L’enseignement supérieur accuse la négligence de l’enseignement secondaire qui lui-même rejette la faute sur l’enseignement moyen lequel, à son tour, renvoie tous les blâmes d’incompétence et d’inefficacité à l’école primaire. C’est pourquoi, moi, je pense que la vérité est dans la bouche de l’instituteur qui est le seul à n’avoir personne à blâmer…      

2.    Les causes de l’échec
L’emploi du terme «échec » pour évaluer la situation actuelle de l’enseignement du français est déterminé par le paramètre baisse de niveau qui touche la majorité des élèves et étudiants. Si l’on classe les élèves en fonction de leur niveau en français, on aurait deux grandes catégories :
-Les enfants qui n’apprennent le français qu’en classe et qui, en dehors de l’école communiquent en berbère ou en arabe et n’ont personne à la maison pour les aider,
-Et ceux issus de famille d’intellectuels, bilingues ou francisés.   
Même s’il y a des exceptions dans les deux catégoriesce sont, habituellement, les apprenants de la deuxième catégorie qui s’en sortent bien en français et d’une façon générale dans toutes les disciplines enseignées. Ces enfants qu’on retrouve généralement dans les villes du nord du pays, ont grandi avec deux ou trois langues (français, berbère et arabe) et dans un milieu multiculturel. Cependant, ce type d’apprenants représente une infime minorité des enfants scolarisés.
C’est plutôt la première catégorie qui nous intéresse, nous, dans la mesure où c’est elle qui a le plus besoin d’aide. Et c’est à elle que les réformes de l’éducation doivent s’adresser en particulier.
Par ailleurs, le petit apprenant algérien arrive à l’école avec une langue maternelle, l’arabe ou ce qui est désigné à tort comme tel, et le berbère. Le passage brutal à l’apprentissage d’une langue étrangère (l’arabe classique, langue officielle et langue d’enseignement) le désoriente psychologiquement et entraîne chez lui une instabilité de repérage de la langue maternelle. Ceci se répercute plus tard sur les performances de l’apprenant du FLE. 
De plus, une des raisons du rejet de la langue française, controversée celle-là bien sûr, est celle qui est liée à une rancune historique d’un passé colonial récent qu’on explique mal aux enfants aussi bien à l’école que dans certaines familles. Aussi, les enfants sont-ils mêlés à un discours politique hypocrite, surané et populiste et l’école en est devenue la tribune par excellence. L’éloignement de la matrice linguistique en est également pour quelque chose puisque l’arabe et le français sont deux langues opposées au niveau scruptural et structural. La langue arabe  s'écrit de droite à gauche. Il n'y a pas de différence entre les lettres manuscrites et les lettres imprimées, et les notions de lettre majuscule et lettre minuscule n'existent pas : l'écriture est donc monocamérale. C’est un système d’écriture qui ne note que les consonnes ; le lecteur doit connaître la structure de la langue pour restituer les voyelles. La langue française fait partie de la famille indo-européenne et l’arabe est une langue chamito-sémitique avec toutes les différences que cela suppose.
Par ailleurs, la langue n’est pas seulement un moyen de communication mais aussi un instrument d’identification et c’est à ce sujet notamment que les choses se corsent entre les promoteurs du français et ceux de l’arabe dans les pays du Maghreb.
La télévision joue également un rôle éducatif primordial dans l’apprentissage du FLE. Grâce à la télé, les élèves issus de famille francophones ou bilingues, voire trilingues,  comprennent déjà le français et certains en sont devenus d’excellents orateurs sans être soumis à un apprentissage métalinguistique qui nécessite beaucoup plus de temps.
Enfin, la cause la plus apparente de la crise dans laquelle se débat l’enseignement du français, est liée au fait que cette discipline est répartie dans un volume horaire insuffisant où plusieurs points de langue sont étudiés systématiquement.
Sans vouloir nous verser dans le didactique -ce n’est pas l’objet de notre travail- mais les méthodes d'enseignement, les programmes, leurs contenus y sont également pour quelque chose dans cette histoire.
Les manuels scolaires sont parfois inutilisables en raison des erreurs de langue qu’ils contiennent. Sans parler de :
- l’absence de vraies illustrations (au lieu d’engager un spécialiste pour illustrer les textes, les concepteurs des manuels utilisent pour cela des cliparts téléchargés sur internet !). Nul ne peut nier que l’image a une capacité formidable à faciliter les apprentissages et un pouvoir explicatif et persuasif. Qui de nous ne se souvient-il pas de certaines images qu’il a vues dans ses livres quand il était enfant ?  
-manque de textes d’auteurs algériens afin de rapprocher l’élève de son environnement culturel. Il y a quelques annnées, les manuels scolaires contenaient de beaux textes éducatifs d’auteurs algériens, tels Mohamed Dib, Kateb Yacine, Mouloud Féraoun, Albert Camus, Emmanuelle Roblès… Les textes nous parlaient, ils s’adressaient à nous si bien d’éprouver une sorte de besoin vital d’apprendre le français pour avoir accès d’abord à la compréhension de ces textes qui nous concernaient directement. Ces manuels nous motivaient parce que c’est de nous qu’ils parlaient, de notre vécu quotidien, ce qui était une valorisation formidable pour nous.

Par Karim Kherbouche

Tag(s) : #Opinion

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