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im-786.jpgEn dépit de la situation on ne peut plus catastrophique dans laquelle se débat l'enseignement/apprentissage du français en Algérie ces dernières annnées, il est tout de même des enseignants du FLE qui ont réussi dans leur mission d’enseignant et d’éducateur car ceux-là ont compris que la pédagogie garde ses horizons ouverts à tout effort éducatif et créatif. Ils ont aussi compris qu’à tout moment de leur carrière, ils doivent en permanence avoir une attitude de recherche-action. L’action pédagogique implique une responsabilité lourde vis-à-vis des élèves, des parents et envers soi-même. Nous suggérons ici quelques pistes de réflexions pédagogiques sur le sujet et des suggestions afin d’améliorer la qualité de l’enseignement/apprentissage du français.

  

1.      Respecter l’enfance 

L’enseignant qui n’existe que par l’homme et à l’intérieur de l’homme ne peut faire l’économie de l’angoisse en constatant qu’en dépit de ses incessants efforts, il s’apperçoit que les enfants n’ont rien appris, rien compris. Les parents sont rongés par la peur de l’échec de leurs enfants à l’école, le chef d’établissement appréhende l’affront public qu’il subira en cas d’échec de son école aux examens nationaux. Bref, la réussite ou l’échec scolaire d’un enfant est affaire de tous. Mais avons-nous donné la parole à cet enfant dont on fait une non-personne dans un dialogue dont il est le premier concerné ? Il n’en est rien malgré nos discours de bonnes intentions.

Tous les instituteurs s’accordent à dire qu’il n’est pas facile d’enseigner des choses faciles. D’ailleurs, bien des enseignants avouent être incapables de parler dans un français accessible aux enfants, et leurs discours à sens unique, sont plutôt destinés à un auditoire adulte et maîtrisant la langue de Molière. Certains disent qu’ils n’avaient pas la chance d’apprendre le français pendant qu’ils étaient enfants et ils ne l’ont fait qu’à l’âge adulte en prenant conscience de l’importance de connaître cette langue. Par conséquent, ils ont eu accès directement au registre de langue soutenue sans la moindre connaissance de cette langue accessible aux débutants. C’est la raison pour laquelle la langue écrite leur a toujours servi de béquilles dans toute situation de communication et ce, même avec les élèves.   

Quoiqu’il en soit, cet aveu d’échec est symptômatique de notre méconnaissance de ce qu’est l’enfance.

Soit on voit l’homme dans l’enfant, soit on voit l’enfant à travers le prisme de l’enfant que nous étions. 

Or, l’enfant, chaque enfant, est unique.

Donc, la connaissance de l’enfant, de chacun, doit sous-tendre toute conception pédagogique.

On doit donc bannir de nos pratiques pédagogiques l’homogénéisation qui réduit les idiosyncrasies, c'est-à-dire l’ensemble des particularismes de l’apprenant qui le conduisent à un comportement propre, et opter pour une pédagogie différenciée.

Là-dessus, la recherche psychanalytique, depuis son lancement par Freud, pourvoient la pédagogie en connaissances précieuses pour avoir une approche rationnelle de l’enfance. Comme dit Mireille Cifali : « apprendre concerne un sujet dans son entier et non pas seulement son intelligence et sa raison.[1] ».

La connaissance de l’enfant dans son entier est nécessaire pour faire usage de l’empathie à bon escient. Faire preuve d’empathie ne signifie pas se mettre dans la peau de l’enfant, non. C’est plutôt l’observer faire, dans l’action, pour déceler chez lui des caractéristiques qui puisse servir notre faculté intuitive de se mettre à sa place pour comprendre ses sentiments, ses émotions, ses possibilités intellectuelles, ses forces et ses faiblesses. A ce propos, Jean-Jacques Rousseau dit : « Pour connaître les hommes, il faut les voir agir »[2]. Suite aux résultats de cette observation, l’éducateur exploite les qualités mais aussi les défauts de l’enfant pour lui faire acquérir de nouvelles notions ou pour le faire évoluer vers un but éducatif positif.

 

2.     Enseigner le français seulement en français ?

Voilà une des questions récurentes sur laquelle divergent les chercheurs et les praticiens du FLE : faut-il enseigner le français exclusivement en français et obliger les apprenants à ne s’exprimer que dans cette langue en classe ? Pour moi, la réponse est oui. L’expérience a prouvé que lorsque l’on fait abusivement usage d’une autre langue dans les classes de français, les apprenants acquièrent peu de compétences de communication en FLE, ils sont plutôt attirés par un travail descriptif du français par le biais de leur langue maternelle. Cette tendance tend à s’exacerber ces dernières années en Algérie par l’usage des langues maternelles (le berbère et l’arabe algérien) par la plupart des enseignants, y compris pour enseigner le français et l’arabe classique. Je pense que c’est une erreur.  

Ibn Khaldun soutient que pour apprendre, l’élève doit prendre exemple sur son maître. Or, dans ce cas, le maître qui est censé apprendre à ses élèves à bien parler français, ne parle pas lui-même en français !        

Anthony Joubier soutient qu’« il est nécessaire de considérer la langue maternelle comme point de départ obligé à toute réflexion sur la notion même de langue étrangère comme réalité subjective »[3] mais cela ne signifie en aucun cas enseigner le FLE dans la langue maternelle de l’élève mais la maîtrise de la langue maternelle par l’enseignant du FLE et par les élèves est un atout indéniable sur un plan didactico-pédagogique. En effet, bon nombre d’erreurs que commettent les apprenant en français sont la cause d’un calque de la langue maternelle et de sa méconnaissance tant par l’enseignant que par l’apprenant lui-même.       

 

3.     Répéter, ce n’est pas tourner en rond

Ce qui est d’une évidence incontestable pour un adulte ne l’est pas forcément pour un enfant. L’adulte est intégré aux pratiques habituelles, aux automatismes, acquis de longue date et fonctionnant dans la zone de l’inconscient. Ce n’est pas le cas de l’enfant qui est confronté à la mise en place d’expériences privilégiées qui doivent permettre l’acquisition progressive de ces mécanismes et de ces habitudes.

A titre d’exemple, pour effectuer une opération de calcul, l’adulte la fait spontanément, l’enfant, lui, cherchera d’abord quelle opération il convient de faire. Pour que le sens de l’opération soit assimilé et acquis, il faut que l’enfant répète l’expérience autant que possible. Il en va de même pour l’emploi du présent, du passé composé ou de l’imparfait. C’est pourquoi la phase de correction dans une unité didactique est importante car cela permet à l’enseignant de rappeler les notions enseignées et à l’élève de répéter l’expérience jusqu’à ce qu’il ne refait plus la même erreur. C’est là le rôle de l’enseignant avec toutes les difficultés qui s’y attachent. La correction doit être commentée et expliquée à l’élève. Si la répétition ennuie un adulte (elle peut même provoquer la colère chez certains), elle est un moyen d’apprentissage au service de l’enfant. Et ça a toujours été comme ça depuis la nuit des temps ! 

 

4.     Faut pas dépasser la dose prescrite !

Les programmes officiels, dans la mesure où leur rôle est de fixer les cadres généraux des matières à enseigner, nous aide à distinguer ce qui est possible et impossible à chaque moment de l’évolution de l’enfant, mais ne nous fournissent pas assez d’éléments sur les besoins de l’enfant en matière d’apprentissage, sa maturité physique et psychologique, sa capacité d’assimilation… tant ces paramètres sont variables d’un élève à un autre. Afin d’éviter les tatônements et les expériences hasardeuses, l’enseignant a besoin de ces informations pertinentes. Une fois ces connaissances réunies, il saura choisir et doser les connaissances à apprendre aux enfants. A partir de là, c’est le travail didactique qui doit intervenir pour graduer l’enseignement, trouver la marche à suivre pour atteindre ses objectifs pédagogiques.

L’enfant doit être toujours impliqué dans la construction de son savoir et  lui proposer des situations problèmes à résoudre, des situations qu’il peut rencontrer dans la vie de tous les jours.        

 

5.     Mieux connaître le Français pour aimer le français

Pour une prise en charge exhaustive de toutes les difficultés auxquelles sont confrontés les élèves qui apprennent une langue étrangère comme le français, l’enseignant se doit, à un niveau ou à un autre, de rechercher comment ces derniers se représentent cette langue et quelles sont leurs attitudes, celles de leurs familles respectives et de leurs milieux dans l’apprentissage de cette dernière.

Cela le conduira à coup sûr à mettre en place des stratégies qui permettront d’abord d’influer sur les sentiments des élèves dans le but de développer chez eux le goût et le désir d’apprendre cette langue, ensuite de faire en sorte que leurs représentations de cette dernière et que leurs attitudes vis-à-vis de cette langue étrangère évoluent à travers une meilleure connaissance de la France, des Français et des objectifs culturels, communicatifs et, pourquoi pas, utilitaires de l’apprentissage du français.

Enfin, par connaissance de cause, une discipline est souvent assimilée au professeur qui l’enseigne. Si l’enseignant entretient avec ses élèves une « bonne » relation éducative avec ses aspects affectifs et humain, l’enfant aimera sa matière et lui accorde une grande importance et vice-versa.  

Par Karim Kherbouche 



[1] Cifali, Mireille (2002), Le lien éducatif : contre-jour psychanalytique. Paris : PUF

[2] J. J. Rousseau (1762), Emile ou de l’Education, Livre quatrième. Edition électronique réalisée par Jean-Marie Tremblay. p34

[3] Anthony Joubier (2008), Les rapports entre la langue maternelle et la langue étrangère dans l’enseignement précoce/L’éxemple des écoles françaises à l’étranger. Source : edufle.net

 

Tag(s) : #Pédagogie

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