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79649566.jpgFaire de son enfant un crack n'a pas de limite. Une école transforme votre progéniture en premier de la classe. Mais à quel prix ?

Avenues, the world school, vient d'ouvrir ses portes. Un événement auquel le New York Times a consacré plusieurs articles tant cette dernière-née des écoles privées à New York dénote un changement de mentalité en matière d'éducation. Pourtant, a priori, elle ne semblait être qu'une énième école dans la ville, qui compte déjà, pour ses 1,4 million d'enfants en âge d'être scolarisés, le plus grand nombre d'écoles publiques du pays et la plus grande concentration d'écoles privées, qui exigent pour la plupart des frais de scolarité ahurissants de 40 000 dollars par an dès le CP. Ce qui ne les empêche en rien d'être prises d'assaut et de refuser 30 candidats par place disponible.

Des examens dès l'âge de 2 ans

Car les parents new-yorkais sont prêts à tout pour mettre leurs enfants sur les rails de la réussite. Et la pression qu'ils exercent sur eux, autrefois circonscrite à l'entrée à l'université et aux résultats des examens comme le SAT et le GMAT, commence désormais à la maternelle avec l'ERB, l'examen destiné aux enfants dont l'âge varie de 2 ans et 2 mois à 7 ans et 3 mois ! Aussi les cabinets de consultants d'éducation, déjà nombreux et prospères sur le créneau des études supérieures, aident-ils désormais les parents à établir également une stratégie gagnante pour faire entrer leurs enfants dans les écoles privées les plus prestigieuses de la ville.

C'est dans ce contexte d'une offre qui se raréfie que l'école Avenues a joué les éléphants dans un magasin de porcelaine en offrant d'un coup 1 300 places de la maternelle à la terminale à pourvoir à la rentrée de septembre 2012, après avoir levé 75 millions de capital auprès de sociétés de capital-risque, dont 60 pour transformer un entrepôt en bâtiment d'école et 15 pour assurer les frais de fonctionnement des 35 personnes engagées quinze mois avant l'ouverture. Elles ont mené une véritable campagne de persuasion auprès des parents aisés de la ville pour qu'ils inscrivent leurs enfants dans l'établissement.

Une formule paradoxalement économique

Contrairement à la plupart des écoles privées qui se situent uptown, Avenues cible les nouveaux riches du bas de la ville en ouvrant ses locaux dans le coin le plus branché de New York, sur la High Line, 10e Avenue et 25e Rue, entre les boutiques de mode et les galeries d'art contemporain de Chelsea. Avenues assume sans complexes son statut de société commerciale à but lucratif. Un phénomène plutôt récent sur le marché des écoles privées à New York, et qui a le vent en poupe. Car, à égalité de frais de scolarité, la formule d'Avenues est paradoxalement plus économique que celle des écoles privées à but non lucratif qui, ne parvenant pas à boucler leur budget, demandent sans cesse aux parents, en plus des frais de scolarité, de mettre la main à la poche lors de galas de charité ou de campagnes annuelles de levée de fonds.

Et l'éducation dans tout ça ? Eh bien, là encore, Avenues se démarque de ses concurrents avec l'idée d'une école mondialisée dotée d'un réseau de 20 campus qu'elle compte créer à travers le monde pour la modique somme de 500 à 600 millions de dollars supplémentaires, afin que les parents de ses élèves puissent vivre alternativement à New York, Rio, Shanghai, Moscou ou Delhi, sans se soucier de trouver une nouvelle école à leurs enfants. En attendant l'achèvement de ce projet mégalomaniaque, l'école de New York offre une scolarité bilingue, plutôt rare aux Etats Unis, avec des cours dispensés en chinois ou en espagnol le matin et en anglais l'après-midi, et des échanges d'un trimestre ainsi que des stages d'immersion de six semaines pour les élèves à partir de 11 ans, au sein d'un réseau mondial d'écoles existantes comme celle qui les accueillera à Pékin dès l'été 2013.

Alors, Avenues réussira-t-elle son pari ? Ses fondateurs ont beau se targuer d'avoir plus d'argent, plus de temps et de talent que les autres écoles, leur projet semble si plein d'aléas qu'il est permis d'en douter. Néanmoins, quelques statistiques pourraient bien faire pencher la balance en sa faveur, notamment le fait que la population des enfants de moins de 5 ans à Manhattan a augmenté de 32 % depuis 5 ans, tandis que le nombre de places disponibles dans ses 12 meilleurs établissements n'a augmenté que de 400 places en dix ans. Sans compter le fait, dont s'avisent avec inquiétude de plus en plus de parents américains, qu'il n'y a que 2 millions d'Américains qui parlent le chinois pour 300 millions de Chinois qui parlent l'anglais.

Par Cecile David-Weill

Source: www.lepoint.fr

Tag(s) : #Actualité

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