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Faut-il supprimer les notes à l’école ?

Les mauvaises notes découragent : vrai ou faux ? L’école doit-elle revoir le système de notation actuel ? Dans ce débat, qui ne manque pas de passion, le risque est de passer à côté du vrai problème.

L’emballement médiatique sur la notation cache un malentendu : il n’est pas question de la part du ministre de l’Éducation nationale, Benoît Hamon, de supprimer les notes comme le suggèrent beaucoup de commentaires. Une consultation est lancée pour faire en sorte que les notes permettent à l’élève de mieux apprendre en supprimant l’effet "sanction" quand celles-ci sont mauvaises. Cette intention est fort louable dans un système français où on stigmatise facilement l’échec : comment peut-on apprendre sans faire d’erreur ?


La mauvaise note décourage : vrai et faux

L’objet de la réforme est donc d’éviter le sentiment de découragement de l’élève devant une mauvaise note. Effectivement, la mauvaise note peut renforcer la spirale de l’échec scolaire : j’ai une mauvaise note donc je suis nul (le). Le classement et la comparaison avec les autres renforcent ce raisonnement dévalorisant, d’autant plus que par son jeune âge, l’élève n’a pas la possibilité de prendre du recul.

Certains pays, comme la Finlande, ont supprimé les notes à certains niveaux scolaires.

Mais le travers est de tomber dans "un monde rose" où les réelles faiblesses de l’élève risquent d’être occultées. L’effort à travailler et à combler les lacunes sera forcement faible chez certains élèves. Combien de parents se sont vus dire par leurs enfants devant un 10 sur 20 "ça va j’ai la moyenne" ? Par peur d’un laxisme, ces mêmes parents sont franchement contre toute suppression du système de notation actuelle.

Il est vrai que des élèves ont vraiment besoin de l’aiguillon de la note sanction pour être motivés à produire les efforts nécessaires. On en a tous connu. Et n’avons-nous pas fait partie, nous-mêmes, de ces élèves parfois ?

Chacun apprend différemment et différent.

La peur du mauvais résultat, pour certains, elle est motivante et pour d’autres elle est un frein. Conclusion : oui, le système de note et d’évaluation actuel peut décourager des élèves… mais en encourager d’autres et à différents degrés. Tout dépend du profil de l’élève. Le profil d’apprentissage des élèves est différent dans chaque classe et dans chaque niveau scolaire. D’où la complexité (voire l’impossibilité ?) à trouver la "bonne formule" de notation.

Quelle application ?

Si une forme nouvelle de notation est trouvée, elle ne se fera certainement pas sous la forme du A, B, C, D… cher au système américain qui remplacerait le système sur 20. Le système décidé en haut lieu de l’éducation nationale devra être bien plus fin pour atteindre, tant soit peu, son objectif. Mais a été démontré qu’un barème plus détaillé ne donne pas plus de sentiment de justice et d’encouragement. Cela va s’avérer compliqué.

Imaginons qu’un système soit trouvé. Se pose alors la question de l’application. Car son efficacité déprendra de la pratique et de sa mise en application par l’enseignant. Sur ce point, rien n’est gagné :

- Comment l’enseignant va changer sa pratique pédagogique (à laquelle il est habitué depuis des années) ?

- Comment se feront les contrôles d’application ?

Rien n’indique qu’un enseignant changera sa pratique pédagogique, sachant qu’il est inspecté en moyenne tous les 5/10 ans et que le chef d’établissement/le proviseur n’a aucun pouvoir sur son équipe pédagogique.

Cela sans compter la lourdeur des programmes et la spécificité de chaque matière : on n’évalue et ne note pas de la même manière une composition de français qu’un problème de mathématiques. Bref un vrai casse-tête, voire mission impossible !

Quelles solutions ?

Cette intention du ministre du mieux apprendre chez l’élève est très bonne. Peut-être que l’erreur est de croire que le système de notation est la cause alors qu’il n’est qu’un symptôme : celui de la difficulté des enseignants à appréhender les différences dans l’apprentissage des élèves.

Comment appréhender l’hétérogénéité d’une classe sans parler du niveau ? Bien souvent, l’enseignant est démuni et fait comme il peut. L’impératif et la lourdeur des programmes à suivre fait que certains élèves sont laissés de côté telle une marche de montagne où les plus faibles sont abandonnés, car ils ralentissent le groupe : il faut bien avancer.

Peut-être que la vraie question est la taille des classes et la formation des enseignants pour pouvoir adapter la pédagogie à ces différents profils d’élèves ?

La formation des enseignants

Selon l’enquête TALIS de l’OCDE, seuls un peu plus de 50 % des enseignants s’estiment être bien ou très bien préparés à la pédagogie contre 90 % pour la moyenne des pays de l’OCDE. Toujours selon cette étude la France est bonne dernière dans la formation continue de ses enseignants dans le classement des pays de l’OCDE.

Seuls 2,7 % des enseignants français ont suivi une formation continue en dehors de leur établissement contre 14 % dans la moyenne de l’OCDE. 19,8 % des enseignants français assistent à des séminaires ou à des conférences contre 43,6 % des enseignants de l'OCDE.

Des enseignants français très volontaires

Si la formation des enseignants est faible, ce n’est pas par réticence ou résistance de ceux-ci, bien au contraire : ils sont 41,2 % à prendre l'initiative de faire des recherches individuelles ou en groupe, bien au-dessus de la moyenne des enseignants de l'OCDE.

Peut-être que la vraie solution est de se concentrer sur la mise en place et la réalisation de la pédagogie différenciée. De nombreuses initiatives ont été lancées dans ce sens par l’Éducation nationale. Certainement, est-il nécessaire de poursuivre les efforts dans cette direction en mettant l’accent sur la formation (notamment la formation continue) des enseignants dont la plupart sont obligés de la prendre eux-mêmes en main ?

Source: Lesechos.fr

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