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punir-enfant.jpgJean-Louis Le Run. Pédopsychiatre, rédacteur en chef de la revue Enfance et Psy. Une fille de 13 ans et un garçon de 17 ans

« Je ne suis pas un père autoritaire. Pas assez ? Je ne sais pas : je n’ai jamais eu à l’être davantage. Ma fille n’a pas besoin d’être punie. La gronder légèrement quand elle fait une bêtise suffit. Avec mon fils, c’est un peu différent. Comme tout ado, il rejoue la phase du “non” ; il a besoin de s’affirmer, de s’opposer, et qu’on lui rappelle les limites.

Dernière punition en date ? Il y a quelques heures : puisqu’il a séché un cours, il ne sortira pas ce soir comme il l’avait prévu. Il râle, bien sûr, mais rien de grave. Et puis, cela ne lui fait pas de mal que l’on réagisse à ses bêtises ; je vois bien qu’il le vit aussi comme une marque d’intérêt et de vigilance de notre part. » 

Anne-Bacus-Autorite.jpgAnne Bacus. Psychologue et psychothérapeute. Mère de 2 filles de 19 ans et 21 ans

« Je me souviens très peu d’avoir puni mes filles. Sans doute parce qu’elles n’étaient pas des “enfants à bêtises”. Deux ou trois fois, j’ai usé de la menace : “Si tu continues, on n’ira pas au cirque.” Mais je m’en voulais tant, après, que je me punissais plus qu’elles ! J’ai donc opté pour la mise à contribution et la responsabilisation : par exemple, quand elles prenaient leur bain ensemble et mettaient de l’eau partout, je les obligeais à nettoyer ensuite. Ou bien, ados, lorsqu’elles rentraient après l’heure permise, je leur enlevais une heure sur leur temps de sortie suivant. Rien de bien méchant, finalement, mais cela suffisait. Elles y mettaient de la bonne volonté. »  

Aldo Naouri. Pédiatre et père de 3 enfants de 41 ans, 39 ans et 36 ans

« Je n’ai jamais eu à punir mes enfants car, à mon sens, la punition vient du fait que celui qui l’applique a un comportement autoritariste et non autoritaire. La différence ? L’autoritaire occupe sa place de parent de façon claire et assurée ; l’autoritariste doit user de la punition comme complément à ce rôle mal investi. Parce que ma femme et moi nous nous sommes toujours positionnés en tant que parents et non en tant que “copains” de nos enfants, il n’y a jamais eu de doute quant à notre autorité, et nos enfants n’ont pu que la respecter. 
La gronderie a été l’unique instrument auquel nous avons eu recours. »  

Patrick Traube. Psychologue. Une fille de 6 ans et un garçon de 13 ans

« Dans mon rôle de père, j’essaie d’être cohérent avec ce que je conseille aux autres de faire, même si ce n’est pas toujours simple, quand l’affect s’en mêle. Par exemple, l’une des règles établies avec mon fils, c’est que lorsqu’il rentre de son entraînement de foot, il doit mettre ses affaires dans le panier de linge sale. Il a oublié une première fois : l’enfant, comme l’adulte, a le droit à l’erreur ; cela lui a valu un avertissement ferme. 
La deuxième fois, en revanche, ma femme et moi avons tenu bon, même si ça n’a pas été facile et si nous étions naturellement tentés de nous occuper du sac de notre fils. Il a donc été contraint de porter ses affaires sales lors de son entraînement suivant… 
C’est la sanction que j’appelle “à conséquence naturelle” : tu n’obéis pas, donc tu assumes les conséquences. Si je la prescris dans mes livres, c’est parce que je peux témoigner de son efficacité ! »  

Marcel Rufo. Pédopsychiatre et directeur de la Maison des adolescents à Paris. Une fille de 26 ans.

« Je dois avouer ma faiblesse : je n’ai pas pu punir. Etre psy m’a rendu cette tâche impossible : j’ai cherché à comprendre tous les comportements alors que certains, comme les caprices, auraient peut-être juste mérité d’être sanctionnés… 
Je confesse ma défaillance autoritaire… 
Cela dit, je n’ai jamais pu m’empêcher de penser que la punition venait comme la violence : lorsque l’on a failli. J’associe malgré moi la punition à l’échec de la relation. C’est ainsi que le père que je suis a toujours avancé bercé par le doux rêve que son enfant n’avait pas besoin d’être punie. Mais c’est une fille ; peut-être que si j’avais eu un garçon, je l’aurais sans cesse puni ! Quoique non, je n’en aurais sans doute pas été plus capable… Dieu me garde d’avoir un deuxième enfant ! »

Alain Braconnier. Psychiatre, psychanalyste, chef de service de la consultation pour adolescents du Centre Philippe-Baumelle, à Paris. Deux filles  

« En tant que psy et en tant que père, je ne suis pas contre la punition, mais à condition qu’elle soit juste. L’idéal est d’inspirer assez d’autorité naturellement pour ne pas avoir à sévir. Personnellement, mon attitude était suffisamment sévère pour cela. Quand mes filles, aujourd’hui très “grandes”, évoquent leur enfance, elles me parlent avec humour des “gros yeux” que je leur faisais parfois. 
Il me suffisait de jeter un regard noir ou d’élever un peu la voix pour calmer immédiatement le jeu. » 

Catherine Bergeret-Amselek. Psychanalyste. Un garçon de 14 ans

« Que l’on soit psy ou non ne change rien : 
quand on doit punir son enfant, on est une maman à qui cela déchire le cœur ! Mon fils est en âge de comprendre maintenant sans que j’aie à le sanctionner. S’il dépasse les limites – par exemple, en utilisant l’ordinateur de son père sans prévenir –, il me suffit d’en discuter avec lui pour lui faire prendre conscience de son erreur. Dans tous les cas, je crois qu’il est essentiel de se poser un instant avant de sévir. On envoie son enfant dans sa chambre, pour qu’il réfléchisse à sa faute. Après, on discute. Si ça ne suffit pas, il faut marquer le coup : j’opte pour la privation de télé pendant quelques jours, aussi efficace que peu nuisible ! »

Source: psychologies.com

Tag(s) : #Psychologie

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